Mise au point de la situation en Ukraine

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Source : Un char T-72B3M russe détruit | Source: Oryx

Au 6ème jour du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, la tension est à son paroxysme. En effet, entre sanctions économiques de la part de l’Occident, résistance ukrainienne et menace d’une guerre nucléaire, le conflit semble avoir capté l’entièreté du débat public. Depuis le début de l’offensive lancée par la Russie le 24 février 2022, l’armée ukrainienne au tout début prise par surprise a finalement réussi à contenir l’avancée russe et éviter les encerclements de début de guerre.

Une avancée freinée ?

L’armée ukrainienne est parvenue à résister aux offensives lancées à Kiev depuis le 25 février, et aux différents groupes de saboteurs infiltrés tentant de neutraliser des objectifs stratégiques. Les villes clés de Sumy, Kharkov et Kherson sont toujours aux mains des défenseurs, en particulier Kharkov ayant vu l’armée russe subir une lourde défaite avant de devoir reculer. Les offensives ne sont cependant pas terminées puisque le siège de Kiev et des autres villes continuent, et que des villes sont dans une situation critique. Au Nord, Cherhiniv semble tôt ou tard tomber aux mains de la Russie, et la ville clé de la mer d’Azov de Mariupol au Sud est encerclée selon des informations russes, tandis que Mélitopol a été perdue le 26 février par les ukrainiens.

Photo: carte du conflit de lundi 28 février au soir. | Source: (little) ThinkTank (Twitter)

Quel bilan ?

Actuellement, le bilan humain reste difficile à évaluer. Selon les sources, le nombre de morts côté russe serait de plusieurs milliers de morts, jusqu’à 5300 selon l’Ukraine. Côté ukrainien, le bilan semble être opaque pour les pertes militaires, tandis qu’on recense 350 tués et 1700 blessés coté civil. Pour les véhicules, le site Oryx compile les informations des réseaux sociaux et médias afin d’évaluer les pertes pour chaque belligérant. Ainsi, on estime à environ 302 le nombre de véhicules russes perdus, dont une centaine capturés par l’armée ukrainienne. De l’autre côté, 150 véhicules ont été perdu, dont 51 capturés. Le bilan montre clairement une résistance ukrainienne avec de lourdes pertes chez l’ennemi. Cependant, la guerre est loin d’être terminée et pourrait même durer plusieurs années selon le Royaume-Uni.

Une menace nucléaire

Vladimir Poutine n’a pas hésité à dissuader les occidentaux de continuer les sanctions faites à l’encontre de la Russie, en indiquant mettre en alerte le feu nucléaire. Pour les uns, Poutine et son caractère imprévisible peut représenter une menace certaine de guerre nucléaire. Pour les autres, il effectue un coup de communication pour préserver ses intérêts, et dissuader tout envoi d’armes en Ukraine. Le Ministres des Affaires Etrangères russe Sergueï Lavrov est par ailleurs attendu ce matin vers 7h30 à Genève où il tiendra un discours au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Son discours a été boycotté par les diplomates de l’ONU.

Photo : Vladimir Poutine le 14/12/2021 | Source: Wikipédia

Des sanctions efficaces ?

Face aux vagues de sanctions occidentales, notamment dans le gel d’actif russes et le bannissement du système bancaire SWIFT, la Russie a préféré garder ses marchés financiers fermés afin d’éviter le pire. Elle tente des mesures protectionnistes afin d’éviter au maximum les répercussions, tandis que le rouble a perdu environ 15 % de sa valeur dans la journée de lundi seulement. Le tournant protectionniste et presque autarcique contraint par les sanctions reste audacieux, et semble annoncer une guerre froide avec l’Occident, mais également une vaste récession internationale.

Photo : la valeur des actions en bourse de Sberbank ( banque russe) durement touchée par les sanctions dégringole | Source : Casus Belli (Twitter)

Une offensive majeure à venir

Une colonne de véhicules longue de 27km à quelques dizaines de kilomètres au Nord de Kiev, c’est pourtant ce que l’on peut apercevoir à l’aide d’images satellites. Un armada géant s’organise pour ce qui s’apparente être une future offensive dans le but de prendre le contrôle de Kiev. Biélorusses et russes font parti de ce gigantesque convoi, ainsi que les troupes de Ramzan Kadyrov, dirigeant de la Tchétchénie ayant dans de multiples vidéos de propagande annoncé l’envoi d’une armée contre l’Ukraine. Des convois semblent s’accumuler également au Nord-Est, autour de la région de Kharkov.

Photo : Image satellite montrant le gigantesque convoi russe en direction de Kiev | Source: Maxar

Vers la paix ?

En effet, des négociations ont débuté dans la journée de lundi, mais il ne faut pas oublier la planification depuis plusieurs années de ce plan par Poutine, ce qui laisse très peu de chance d’une résolution diplomatique. Entre révisionnisme historique et violation du droit international, Vladimir Poutine a franchi une ligne rouge certes, mais fait peser tout un climat d’instabilité sur une région du monde, avec une population ukrainienne largement exposée au conflit. On soupçonne la Russie d’user de BASM, ou armes à sous-munitions, étant pourtant formellement interdit par la convention d’Oslo pour la cruauté de ces armes, et la Russie ne l’ayant pas ratifié. Une chose est certaine, c’est que la vision de ce conflit n’est pas manichéenne, la Russie cherchant à préserver l’influence qu’elle possède sur son voisin lui échappant tandis que l’Ukraine souhaitant se rapprocher de l’occident, le temps de l’URSS étant révolu. La négociation et discussion semble avoir été les deux grands absents de cette avant-guerre, la Russie ayant en décembre souhaité discuter avec les États-Unis sur le sujet de l’élargissement de l’OTAN, les Etats-Unis n’ayant pas répondu à l’appel.

Photo : Des preuves d'usage d'armes à sous munitions ( ronds jaunes) sur des civils (partiellement flouté) | Source: Bellingcat News