Urbex : un pas dans l’Histoire, l’autre dans l’illégalité

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Photographie de Natalya Letunova via Unsplash.com

Se plonger dans l’Histoire, trouver des sensations fortes, braver les interdits… nombreuses sont les motivations des adeptes de l’urbex. Apparue dans les années 1970, cette activité consiste à explorer des lieux abandonnés par l’Homme. Si internet et les réseaux sociaux rendent ce phénomène très populaire aujourd’hui, ses dangers n’en restent pas moindres. Dans cet article, TheCuriosity vous propose de revenir sur les origines de cette étonnante pratique, ses caractéristiques ainsi que le danger qu’elle représente.

Le fruit d'une désindustrialisation massive

Lors des années 1970 et jusqu’à la fin du XXème siècle, une vague de désindustrialisation touche les Etats-Unis et des pays d’Europe comme le Royaume Uni, la France ou l’Allemagne. Ainsi, de nombreuses usines sont délaissées et tombent alors en ruine. La ville de Detroit au Etats-Unis illustre ce phénomène : le secteur de l’industrie automobile, dans lequel la ville s’était spécialisé, s’est écroulé à la suite du choc pétrolier de 1973. S’ensuit un déclin économique marqué par un fort taux de chômage dû à la fermeture des usines Ford, General Motors ou encore Chrysler. Cependant, pour des raisons financières, peu d’infrastructures industrielles ont été détruites malgré leur fermeture. La nature reprend alors ses droits dans ces lieux abandonnés qui ont d’abord attirés pillards et casseurs, avant de laisser place aux curieux. Pendant les années 90, le terme Urbex apparaît, acronyme de l’expression anglophone Urban Exploration signifiant “exploration urbaine”.

Les restes d'une usine à béton vers Détroit, États-Unis / Photographie de Kyle Brooke via Mediadrumimages.com

Sur les traces de l'Histoire...

Malgré tout, l’urbex ne se limite pas aux bâtiments industriels abandonnés. En effet, cette pratique inclut des vestiges plus anciens et prend ainsi une dimension historique. Les châteaux en ruine, catacombes, anciennes écoles, hôpitaux et bien d’autres lieux désaffectés sont la proie des explorateurs urbains. Certains passionnés explorent d’anciennes structures encore intactes, qui témoignent d’événements majeurs de l’Histoire.
Les hangars abandonnés de la base de lancement de Baïkonour au Kazakhstan en sont l’exemple. Le cosmodrome anciennement soviétique, appartenant aujourd’hui à la Russie, est le centre de lancement le plus actif de la planète. Certains de ses bâtiments sont désaffectés et abritent des navettes spatiales construites pendant la Guerre Froide.
La préservation de ces endroits est donc un enjeu majeur pour les passionnés d’Histoire, c’est pourquoi un code informel encadre la pratique de l’urbex. Celui-ci est composé de plusieurs règles, comme ne pas divulguer la localisation des lieux que l’on a visités, ni les dégrader ou les piller.

Un des hangars abandonnés de la base spatiale de Baïkonour, Kazakhstan / Photographie de Ralph Mirebs

Qui sont les explorateurs urbains ?

Le portrait type d’un adepte d’urbex est difficile à esquisser. Pour cause, les motivations qui les poussent à pratiquer cette activité peuvent être très variées, tout comme la manière d’opérer. Celle-ci est souvent mêlée à d’autres disciplines telles que le street-art, l’escalade, le parkour ou encore la photographie et la vidéo. Internet et les réseaux sociaux donnent à l’exploration urbaine une très large visibilité. Sur la plateforme YouTube notamment, des vidéos d’urbex comptabilisent plusieurs millions de visionnages, à l’image du reportage à Chernobyl de la chaîne Mamytwink (voir ci-dessous) en 2019. D’autre part, des vidéastes dédient exclusivement leur contenu à l’exploration de lieux abandonnés, atteignant pour certains des centaines de milliers d’abonnés. Le hastag #urbex compte plus de 10 millions de publications sur le réseau social Instagram, et près de 3 milliards de vues sur l’application TikTok. En d’autres termes, cette pratique en fascine plus d’un sur le net, et les adolescents sont les plus touchés. Braver les interdits, courir des risques et goûter de nouvelles sensations sont des finalités pour ces explorateurs en herbe, à un âge où beaucoup cherchent leur limites, parfois au péril de leur vie.

Quels risques physiques et juridiques ?

Du fait du non-entretien des bâtiments abandonnés, ceux-ci peuvent présenter des dangers pour ses visiteurs. Effondrements, gaz toxiques, explosions, chutes, inondations… nombreux sont les risques encourus par les adeptes d’urbex, surtout lorsqu’ils combinent celui-ci à d’autres disciplines comme le parkour ou l’urban climbing (escalade urbaine). En 2017, un jeune fervent d’urbex est décédé en chutant d’un pont lyonnais qu’il escaladait pour photographier la vue sur la ville. 
Juridiquement, aucune loi n’encadre l’exploration urbaine. Malgré qu’ils soient abandonnés, les lieux d’exploration appartiennent généralement à quelqu’un ou à l’État. Y pénétrer consiste une violation de domicile et est donc passible de sanctions, comme l’énonce l’article 226-4 du Code pénal : “L’introduction dans le domicile d’autrui à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, hors les cas où la loi le permet, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende”. De plus, l’accès aux bâtiments désaffectés est généralement interdit par des décrets ou des arrêtés préfectoraux. 

L'accès aux lieux abandonnés est très souvent interdit, comme ici par ce panneau / Photographie via imagedelaville.net

Galerie

La thématique aussi mystérieuse que fascinante qu’est l’urbex égare ses adeptes dans les ruines du temps. En voici quelques clichés.

Situé en Bulgarie, le monument de Bouzloudja est une ancienne salle de congrès du Parti Communiste / Photographie de Natalya Letunova via Unsplash.com
Le Rubber Bowl Stadium à Akron dans l'Ohio (États-Unis). Avant sa fermeture en 2008, ce stade de 35 000 places accueillait des concerts et les matchs de football américain de l'Université d'Akron / Photographie de Johnny Joo
La ville de Kadyktchan dans la région du Magadan en Russie. Construite lors de la Seconde Guerre Mondiale par des prisonniers des camps du goulag, elle logeait des milliers de mineurs et leurs familles. La ville voit peu à peu sa population décliner à cause de la fermeture des mines de charbon de la région, avant d'être déclarée "ville fantôme" en 2010. Depuis 2021, Kadyktchan compte 4 habitants / Photographie d'Alexander Sukharev via Instagram ( @13_pilot )
Une attraction d'un parc aquatique abandonné à Lockport, dans la province canadienne du Manitoba / Photographie de Matthew Henry via Unsplash.com
Une fusée datant de la Guerre Froide dans l'un des hangars abandonnés du cosmodrome russe de Baïkonour, Kazakhstan / Photographie de David de Rueda
L'île fantôme d'Hashima dans l'Archipel japonais. Aménagée autour d'une mine de houille, la ville était autrefois l'une des plus densément peuplée au monde, avant de se vider de tout ses habitants dans les années 1970 / Photographie via Wikipedia.org
Un cimetière de voiture dans une forêt en Wallonie, région au sud de la Belgique. Une légende raconte qu'elles auraient été abandonnées par des soldats américains à la fin de la Seconde Guerre Mondiale / Photographie via Imgur.com
Une usine abandonée à Bialystok en Pologne / Photographie de Michał Franczak via Unsplash.com
Les débris du Douglas DC-3, un avion américain écrasé en 1973 dans la plaine du Sólheimasandur en Islande / Photographie de Collins Lesulie via Unsplash.com
La Petite Ceinture à Paris. Ce réseau ferroviaire de 32km encerle la capitale mais n'est plus utilisé depuis 1934 / Photographie de Florian Olivo via Unsplash.com