Kazakhstan : tout comprendre sur la situation

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Depuis le 2 janvier, le pays d’Asie centrale fait face à de violentes émeutes, dues à la hausse du prix de l’énergie. Après les prises d’assauts de bâtiments gouvernementaux, le président Kassym-Jomart Tokaïev a décrété l’État d’urgence, appelant même le Kremlin à intervenir militairement. Retour sur la situation

Le drapeau national kazakh tenu par l'un des manifestants / Vladimir Tretyakov / TV5 Monde

Le carburant, de quoi démarrer les violences

Situé entre la Russie et la Chine, le Kazakhstan, peuplé de 16 millions d’habitants, devient indépendant en 1991, après la dissolution de l’Union des Républiques socialistes soviétiques. Neuvième plus grand pays en termes de superficie, cet État possède de nombreuses ressources telles que de l’uranium (deuxième réserve mondiale), du charbon, des gaz naturels et surtout des gisements de pétrole.

Seulement, le prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) alors utilisé comme carburant, a doublé. C’est dans la ville industrielle de Janaozen, que la colère de la population est montée, le dimanche 2 janvier, avant d’atteindre de plus grandes villes comme Almaty, la capitale économique du pays. Ils sont des dizaines de milliers à descendre dans la rue le mercredi 5 janvier, afin de protester contre la hausse du prix du carburant et contre le régime autoritaire en place. Ces violences se traduisent entre autres par la prise d’assaut de la mairie d’Almaty. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre feront des milliers de blessés et des centaines de morts. S’en suivent des milliers d’arrestations.

En réaction, le président Tokaïev, qui diabolise les protestataires, a pourtant présenté la démission de son gouvernement et a annoncé le plafonnement du prix de vente des carburants pour six mois. L’état d’urgence, qui impose un couvre-feu, a été déclaré dans les régions les plus sensibles, en plus d’avoir interdit les manifestations. Par ailleurs, le pays suit désormais la tendance du blocage volontaire de son réseau interne, afin de faire face à la diffusion en ligne de ces mouvements de contestations politique.

Incendie de la mairie d'Almaty après son assaut

La réaction internationale

Le président Tokaïev, successeur du népotique Noursoultan Nazarbaïev, a sollicité le soutient militaire de la Russie et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), regroupant des armées de plusieurs pays d’Asie centrale (dont l’Arménie et la Biélorussie). Si Moscou envoie plus de 3 000 hommes, c’est bien dans l’intention de défendre ses intérêts stratégiques dans la région. Les deux pays sont liés sur plusieurs points : 7 000 kilomètres de frontières communes, d’importants échanges commerciaux, une base spatiale louée par la Russie aux Kazakhs et une minorité russophone installée au Kazakhstan.

A l’inverse, la discrétion et l’absence de commentaires des Occidentaux dépend des intérêts économiques. En effet, la France et l’Union Européenne entretiennent de bons rapports, et Washington investit largement dans l’industrie pétrolière.

Cette révolte populaire témoigne de la fragilité politique des Républiques post-soviétiques, à l’image de la Biélorussie, récemment ébranlée par des manifestations massives contestants l’élection présidentielle de Loukachenko. Les régimes profondément autoritaires et voisins du Kazakhstan, c’est-à-dire le Turkménistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan, n’en demeurent pas moins épargnés, car eux aussi font face à des protestations populaires, toutefois durement réprimandées.