L’ordre géopolitique du Maghreb se redessine

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La délégation americano-israélienne lors de son arrivée le 22 décembre à Rabat / Photographie via © MAP

Au Moyen-Orient, la création d’axes Rabat-Tel Aviv et Alger-Téhéran prend à mesure de l’ampleur. Tant sur le niveau politique que militaire, l’expansionnisme israélite et iranien déstabilisent petit à petit l’ordre géopolitique du Maghreb. Retour sur ces rivalités.

Une série de tensions

Cette déclaration fait évidemment échos aux accords de normalisation ayant eu lieu deux mois plus tôt, entre Israël et deux pays de la péninsule arabique, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Pourtant ennemi historique des pays arabes, l’État hébreu, grâce à l’aide des États-Unis, tente de normaliser des relations diplomatiques avec les pays du monde arabe.

Fin 2020, c’est au tour de Rabat de renouer avec l’état hébreu, en échange de la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Cette ancienne colonie espagnole oppose depuis de nombreuses années le Maroc au Front Polisario, le mouvement indépendantiste sahraoui soutenu par l’Algérie.

Infographie carte du Sahara Occidental / (Julien Guillot) / Libération

A l’inverse, la monarchie de Mohamed VI soutient « Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie », qui milite pour l’autonomie de la Kabylie, une région algérienne qui possède des traditions et un folklore qui lui est propre.

Mais la coopération entre le royaume chérifien et Israël ne s’arrête pas là puisqu’en novembre dernier, les deux pays ont signé un accord d’entente militaire afin d’améliorer la coopération. De plus, Rabat a déjà acheté à Israël des drones armés et des technologies d’espionnage, dont le logiciel Pegasus. Le Maroc est d’ailleurs soupçonné d’avoir utilisé ce dernier afin d’espionner des Français, antagonistes du régime, comme le révéla l’enquête mené par Forbidden Stories et Amnesty International en juillet dernier.

Alger réagit

Face à cette situation irritante, l’Algérie, dont les relations diplomatiques se sont fortement détériorées avec son voisin marocain, s’est rapprochée de l’Iran, qui souhaite s’implanter dans la région. Téhéran, qui a ouvertement pris position en faveur d’Alger, devient alors un allié stratégique de taille. Les deux pays s’accordent sur de nombreux sujets, comme le refus de voir comme membre observateur de l’Union africaine Israël. L’Iran est également indirectement présent dans la région. En effet, le Hezbollah libanais – un parti chiite financé par l’Iran – soutient le Polisario du Sahara occidental en lui fournissant des armes. Au-delà du plan politique, un potentiel rapprochement militaire avec Alger se dessine, en plus de celui avec la Russie, notamment sur la question des drones et des logiciels d’espionnage.