Bernard Madoff : retour sur le plus grand escroc de l’histoire

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Bernard Madoff, l'homme responsable de la pire escroquerie financière de l'histoire / Photo par Stephen Chernin / Getty Images North America / AFP

Le mercredi 14 avril 2021, l’annonce de la mort de Bernard Madoff dans son pénitencier en Caroline du Nord est retentissante : l’homme responsable de la plus grande escroquerie financière de l’histoire vient de mourir. Avec un plan d’escroquerie simple — aussi surnommé système de Ponzi — construit dans l’unique but de s’enrichir, Madoff a réussi à berner des investisseurs du monde entier pendant près de 20 ans, avant d’être finalement arrêté et condamné à 150 ans de prison ferme le lundi 29 juin 2009. Au total, ce seront près de 65 milliards de dollars qui seront passé par ce criminel en col blanc et son fonds d’investissement fictif. Retour sur la mise en place, le fonctionnement et les conséquences de cet évènement dramatique pour Wall Street et les victimes de ce plan.

Quel commencement?

Tout commence lorsque Bernard Lawrence Madoff, dit Bernie Madoff, lance sa propre société de fonds d’investissement avec seulement 5000 dollars américains en 1960, alors qu’il n’avait encore que 22 ans. Ancien maître-nageur sur les plages de Long Island dans l’État de New York, il s’affirme dès ses débuts comme un entrepreneur autodidacte, ayant par ailleurs abandonné ses études de droit. Avec le temps, Madoff incarne rapidement une nouvelle génération d’investisseurs, souvent considérés comme plus modernes, tout en devenant une figure emblématique et respectée du monde financier au cours des années 70. En effet, ce dernier parvient à devenir le président non exécutif du NASDAQ — le plus grand marché électronique d’actions du monde — en faisant également fortune à Wall Street avec sa société d’investissement. 

Cependant, rien à cette époque ne pourrait accuser Madoff d’être un escroc. Au contraire, celui-ci est souvent considéré par son entourage comme un homme de confiance, qui connaît la complexité des finances. C’est à partir des années 90 que son escroquerie — une pyramide de Ponzi — se met alors en place. Au départ, il se serait servi de sa notoriété acquise dans le monde financier pour monter un fonds d’investissement spéculatif — Qui a pour but de tirer profit des variations du marché — géré de manière très discrète par une société parallèle qu’il avait fondée. Ce fond ne gérait à ses débuts qu’une poignée d’investisseurs sélectionnés. D’après la SEC (Securities and Exchange Commission) on y retrouvait principalement des banques, mais aussi des fonds d’investissement et des particuliers fortunés, à qui Madoff aurait promis un rendement exceptionnel de 17%. 

Avec le temps, cette société devient si réputée pour son taux de rendement inégalé et sa prétendue sécurité que nombreux y sont les investisseurs, tantôt professionnels que particuliers, souhaitant y placer leurs capitaux, tous faisant confiance à Bernie Madoff pour sa gestion et la croissance de leur fortune. Au total, ce seront près de 65 milliards de dollars américains qui seront mis entre ses mains, sans pour autant que cet argent fructifie. Parmi les centaines de victimes de ce système, on retrouve notamment de grandes banques internationales, comme HSBC, mais aussi certaines célébrités comme Steven Spielberg ou Larry King, ainsi que des institutions françaises, comme BNP Paribas, AXA, le Crédit Mutuel, la Société Générale…

Bernard Madoff sortant d'une cour de justice en juin 2009 / photo par Hiroko Masuike/Getty Images

Quelle stratégie d'escroquerie?

Si l’escroquerie Madoff a su prendre une ampleur considérable, sa stratégie demeure pourtant facilement compréhensible. En effet, cette dernière se fonde sur le schéma de Ponzi, aussi appelé pyramide ou chaîne de Ponzi, d’abord utilisée en 1919 par l’escroc italien Charles Ponzi, à qui on lui doit aujourd’hui son nom. En effet, le principe est simple : les intérêts versés aux épargnants sont prélevés sur les sommes placées par les souscripteurs suivants. Autrement dit, dans un fonds d’investissement “classique”, si jamais un investisseur place 100$ pour un rendement de 10%, celui-ci recevra à la fin du mois 110$, du fait que son capital de départ ait été investi là où peut le faire fructifier. Dans un système de Ponzi, l’investisseur recevra ses 100$ initiaux ainsi que 10$ d’un autre investisseur : tout est fondé dans la confiance et le fait que les investisseurs ne demandent pas leur argent en même temps, sans quoi la pyramide s’effondre et l’absence de richesse créée est mise en évidence. Pour que les recettes continuent à couvrir les engagements, il faut une croissance des souscriptions

Dans le contexte de Madoff, c’est finalement la crise immobilière des subprimes de 2007-2008 qui est responsable de la fin de tout ce système. En effet, c’est lors de cet évènement drastique que les banques américaines connaissent une véritable période de crise de liquidité majeure, puisqu’elles ne sont plus en mesure de rembourser leurs engagements immobiliers aux États-Unis. Partout dans le pays intervient alors une crise de solvabilité : les investisseurs et créanciers n’ont plus aucune confiance et veulent récupérer leur argent. Madoff est soucieux de voir tous ses investisseurs partir et sa pyramide s’effondrer : il avoue alors son système frauduleux à ses deux fils, lesquels le dénoncent au FBI. Celui-ci est ainsi capturé et ne démentira pas son histoire devant la justice américaine. Le 29 juin 2009, Bernard Madoff est condamné à purger la peine maximale en prison, à savoir 150 ans dans un pénitencier de Caroline du Nord dans l’Est du pays. Néanmoins, ses conditions de vie dans cet établissement sont peu comparables à celles d’autres prisonniers.

Sa vie en prison

Malgré une éventuelle agression sur sa personne en décembre 2009, à l’époque médiatisé par le Wall Street Journal et possiblement menée par un condamné pour drogue lui réclamant une certaine somme d’argent, Madoff semble tout de même avoir eu une vie de star au sein de son pénitencier correctionnel à Butner, en Caroline du Nord. Loin de l’image classique des redoutables prisons américaines, celle où logeait Madoff se veut être un véritable complexe parsemé d’espaces verts, mais aussi d’une bibliothèque, d’une salle de sport et même d’un sauna. Le criminel était apprécié et admiré des autres détenus — qui, dès son arrivée, lui réclamaient des autographes. Par ailleurs ancré dans la finance depuis tant d’années, celui-ci n’hésitait pas à mettre la main sur les chocolats chauds du centre, pour monter son propre commerce en les vendant à un prix plus élevé par la suite. Une anecdote qui témoigne que la “vie en enfer” espérée par certains pour le plus grand escroc de l’histoire se trouve être une fausse image de ce qu’était réellement le quotidien de Madoff dans cet établissement avant qu’il n’y trouve la mort le 14 avril 2021.

Finalement, ce n’est peut-être pas tant sur sa propre vie qu’il aura causé le plus de dégâts, mais principalement sur le plan familial et au sein de son propre entourage. En effet, bien que celui-ci semble affirmer avoir mené son escroquerie en solitaire jusqu’au bout, la charge mentale causée par cet évènement aura poussé l’un de ses deux fils à se suicider deux ans après son procès, et bien qu’il semblerait que 70% de l’argent escroqué ait été remboursé aux victimes, certains, parfois même des proches de Madoff, ont perdu énormément dans ce qui semble être, pour beaucoup, l’escroquerie du siècle.