Le SCAF, ou l’avion du futur

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Le SCAF au salon du bourget, 2019 / (CC BY-SA 4.0)

L’avion est actuellement une arme au centre des conflits qui s’emparent du monde. Son avantage : sa rapidité et sa force d’action. Étant une dimension clé des conflits, certains pays européens ont mis en place une coopération industrielle afin de produire l’avion du futur, le SCAF, censé mieux s’adapter aux conflits de demain.

Source de la coopération et divergences

Au sein de l’OTAN, seuls les États-Unis d’Amérique possèdent des avions de 5ème génération, notamment les Lockheed-Martin F-22 ou le F-35. Ces derniers, au design futuriste, sont le symbole de l’informatisation et de la numérisation des conflits. En effet, les conflits modernes témoignent de l’importance de l’intégration de dispositifs numériques et connectés afin d’augmenter et d’améliorer sans cesse les techniques et armes de combat.

À l’image des États-Unis, d’autres États ont mis en place des projets de chasseur de 5ème génération, comme la Russie (SU-57), la Chine (J-20) ou encore le Royaume-Uni (programme Tempest).

À l’instar des ces pays, la France et l’Allemagne, puis rejoint par l’Espagne, se mobilisent afin de produire eux aussi leur appareil. Néanmoins, bien que la coopération Franco-allemande soit prônée haut et fort par la classe politique, leurs objectifs sont radicalement différents. En effet, la France désire un appareil multi-rôle, en remplacement de l’actuel Rafale (Dassault Aviation). Cet appareil devra répondre aux contraintes de son adaptation dans la Marine Nationale, à bord de porte-avions (Charles de Gaulle et successeurs), aux missions de défense du territoire nationale, de la métropole aux DROM-COM et ZEE (Zones d’Exploitation Exclusive), ainsi qu’à la dissuasion nucléaire. Alors que les Allemands, ayant une défense de leur territoire en partie pilotée par les américains, désirent un avion de supériorité aérienne qui n’aurait pas à être intégré dans un dispositif de combat haute intensité. Ainsi, la coopération semble complexe à établir entre les deux plus grandes puissances européennes.

Spécificités françaises de l'appareil

Les protagonistes du projet SCAF restent encore très flous quant aux spécificités techniques, et cela dans un besoin évident de confidentialité et de propriétés intellectuelles. Néanmoins, on peut largement établir un éventail des configurations possibles de cet avion. Pour le cas de la France, comme il est destiné à remplacer le Rafale, il devra exécuter les mêmes missions.

Tout d’abord, ce sera un chasseur de supériorité aérienne, c’est a dire qu’il devra répondre aux exigences tant défensives qu’offensives d’un combat aérien. Même s’il n’y a pas eu de réel combat aérien depuis la guerre du Vietnam (1955-1975), le “dogfight”, ou combat tournoyant, reste un vecteur important de la production d’appareils de combat, et la France reste attachée à cela. De plus, la France est reconnue internationalement dans le “dogfight” lors de l’exercice Red Flag dont participe de nombreux pays, organisé par l’US Air Force (USA) à Nellis AFB (Nevada).

La SCAF aura également une vocation navale. En effet, le Rafale étant le seul chasseur embarqué sur le groupe aéronaval Charles de Gaulle, le SCAF devra répondre aux exigences d’une version embarquée. Ces exigences sont tout d’abord structurelles. Effectivement, décoller d’un porte-avions avec une catapulte exerce une contrainte conséquente sur l’appareil puisqu’en moins de 90 m, l’avion doit avoir assez de vitesse (250 km/h) afin de décoller. Ainsi, la structure doit être renforcée, de même que pour les trains d’atterrissage qui doivent supporter l’effort de l’appontage souvent par mauvais temps. La version navale doit également intégrer une crosse d’appontage, nécessaire pour pouvoir se freiner avec les brins d’arrêt, ainsi que des appareils électroniques d’aide à l’appontage.

La France étant une puissance nucléaire, le SCAF devra être en mesure d’emporter le missile nucléaire ASMP, et de l’envoyer après avoir ou non pénétré sur le territoire ennemi. Ce processus se faisant uniquement avec un avion biplace, cela est encore une condition technique à intégrer à la conception.

 

Un conflit d'intérêt...

Concernant son homologue européen, n’ayant ni de porte-avions, ni d’arme nucléaire, elle se contente d’un avion de défense de son territoire. Mais cette asymétrie des configurations de cet avion pose un problème politique et industriel. En effet, ne désirant qu’une version de l’avion, les Allemand ne veulent pas payer la même part que les français pour son développement. Aussi, malgré un partage approuvé des tâches de conception par le parlement fédéral Allemand (Bundestag) et le parlement français, le Bundestag tente de renégocier ce partage en faveur de l’Allemagne.

Si certes, cette décision est compréhensible, elle n’en est pas moins insupportable pour les équipementiers français deux ans après le partage des tâches. En effet, le fondement de cette renégociation est au sujet des propriétés intellectuelles. La France, via Dassault, Nexter, Thales, Safran… est le leader européen de l’armement de pointe. L’objectif allemand est donc de mettre la main sur ce savoir-faire de pointe afin de pouvoir l’acquérir. Les industriels français, soucieux de garder leur avantage technique, ont répondu d’une seule voix qu’ils ne sacrifiaient pas l’avancée technologique de la France dans ces domaines pour garder une alliance franco-allemande militaro-industrielle.

 

...qui n'est pas d'hier.

Ce conflit résonne comme un rappel des sombres années de l’alliance industrielle franco-allemande. En effet, dans les années 80, la France et certains pays européens s’étaient associés pour la construction d’un avion de combat. Mais cette association s’est fracturée à cause de conflit entre les Français et Allemands notamment, ces derniers ne voulant pas payer leur part du budget, pour la raison qu’ils ne désiraient pas payer la navalisation et l’emport de la bombe nucléaire de l’avion. La France s’est alors séparée du programme et a décidé de construire seule son avion qui deviendra le Rafale, un avion bien plus performant que son homologue européen : l’Eurofighter Typhoon.

Mais cette coopération désastreuse avec l’Allemagne n’est pas la seule. En effet, dans le domaine terrestre, la France et l’Allemagne ont eu des projets collaboratifs pour les chars : plateforme commune pour l’AMX-30 (France) et le Léopard 1 (Allemagne) puis sur le Leclerc et le Léopard 2. Cela a révélé des niveaux techniques différents entre les pays.

Dans tous les projets franco-allemands liés à l’aviation qui ont abouti, la France a toujours été aux commandes de la conception de l’appareil (Alphajet, Transall, Atlantic..). Ainsi, l’avenir du SCAF est incertain et dépend du courage politique pour défendre les intérêts nationaux en matière de savoir-faire aéronautique.

Le SCAF verra-t-il le jour sous le fanion européen ou au contraire la coopération est-elle vouée à l’échec ?