Georg Esler, l’homme qui faillit tuer Adolf Hitler

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Georg Esler / Photo via Herodote

Nous sommes le 8 novembre 1939, au commencent de la Seconde Guerre mondiale, dans une auberge à Munich. Il est 21 h 20, une explosion retentit et 7 membres du parti nazi sont tués. Mais Adolf Hitler ne s’y trouvait pas, ce qui semblait être le plan parfait se voit mis à l’échec, et cela, par un simple détail. TheCuriosity revient aujourd’hui sur l’événement qui aurait pu éviter l’histoire funeste que nous connaissons tous.

Georg Esler l'avant-gardiste

Né en 1903, Georg Esler est fils d’agriculteur. Il deviendra menuisier de 1922 à 1925 puis se reconvertira dans l’horlogerie pour les 4 années qui suivront. D’un point de vue politique, il est communiste et comprend très rapidement les réelles intentions d’Adolf Hitler arrivé au pouvoir en 1933. Afin “d’empêcher que plus de sang ne soit versé” disait-il, il décide d’assassiner le dirigeant du troisième Reich.

La brasserie de l'élite nazi

Afin de célébrer son putsch raté de 1923, Hitler se rend chaque année dans la brasserie Bürgerbräukeller situé à Munich pour y tenir un discours. C’est ici qu’Esler viendra y dissimuler une bombe artisanale qui explosera durant le discours. Conscient que d’éliminer uniquement Hitler ne suffira probablement pas à arrêter la guerre, il espère bien pouvoir éliminer par la même occassion les plus hauts dignitaires du règime nazi. Ainsi, Bormann, conseiller d’Hitler, Goebbels, ministre de la propagande, Hells, le probable successeur d’Hitler, ou encore Himmler le chef de la SS seront présents à cette soirée du 8 novembre 1939.

La brasserie Bürgerbräukeller à Munich en 1923 / Photo via Wikipedia

35 jours - 840 heures - 3 024 000 secondes

Près d’une année entière sera requise à Esler pour ce qui aurait pu éviter, entre autres, la shoah, orphelins, veuves et désastres que toute guerre amène. Il confectionnera la bombe grâce à ses talents d’horloger acquis quelques années auparavant, et quant aux explosifs, il parviendra à se les procurer après avoir travaillé dans une carrière. Viens alors la phase la plus risquée de son projet. Tous les soirs, et ce durant 35 jours, il se rend dans la brasserie Bürgerbräukeller pour y dîner. Il attend le moment opportun pour se dissimuler dans un placard à l’étage juste avant la fermeture de l’établissement. Il sera même découvert, mais prétextant qu’il fait parti de l’équipe de nettoyage, son plan n’en est pas affecté. Une fois les portes fermées par le dernier employé encore présent dans la brasserie, il sort de sa cachette et se met à l’ouvrage. Et quel ouvrage ! Il doit creuser un emplacement assez profond pour y dissimuler sa bombe, et ne pourra creuser que quelques secondes toutes les 30 minutes, afin de couvrir ses bruits de creuser grâce à la chasse d’eau automatique des toilettes. Nous sommes dans la nuit du 5 au 6 novembre, la bombe est en place.

Dame nature change la donne

Le 8 novembre, à 20 h 08, Hitler débute son discours annuel. Dans la salle, comme prévu, tous les plus hauts dignitaires nazis sont installés au côté du Führer. Tout semble alors en place, et rien ni personne n’empêchera la mort d’Hitler et ses bras droits ce soir-là. Mais Hitler ne parle que 50 minutes, au lieu d’une heure et demie à son habitude chaque année. Pourquoi ? Son pilote dit ne pas assurer le vol qui le ramènera à Berlin le soir même, en raison d’un épais brouillard jugé trop dangereux pour voler de nuit. Le Führer se voit alors contraint de prendre un train à 21 h 31. Il quitte la salle accompagné des dirigeants nazis à 21 h 07, mais la bombe est réglée pour exploser entre 21 h 15 et 21 h 30… L’explosion aura bien lieu à 21 h 20, 7 personnes y trouvent la mort, mais aucune visées par Esler. Hitler ne devrait son salut qu’à un simple brouillard, venu dérégler un plan, selon les historiens, relevant d’une ingéniosité et d’une minutie sans pareil pour un homme qui n’avait jamais été formé à cela.

Décombres de la brasserie Bürgerbräukeller l'explosion / Photo via www.dw.com

Concours de circonstances

Pendant ce temps, 40 minutes avant l’explosion, Georg Esler tente de fuir vers la Suisse pour y demander l’asile, mais il est arrêté par deux douaniers. Une enquête est immédiatement lancée par la SS, sous la tutelle de Heinrich Müller qui a pour mission de retrouver les coupables. Esler, dans l’initiative d’une tentative ratée, n’a pas couvert ses arrières. Grâce à des preuves trouvées dans les décombres, l’horloger et le serrurier à qui il avait loué leur service pour confectionner sa bombe furent rapidement retrouvés et décrivirent tous deux Esler de la même manière. Quelques jours plus tard, Heinrich Müller est mis au courant qu’un homme a tenté de rejoindre la Suisse clandestinement. De plus, un morceau de la bombe ainsi qu’une carte postale représentant la brasserie ou y est dessiné une croix sur un pilier sont retrouvés sur Esler. Ces pièces à conviction étaient un risque à prendre, elles lui seraient primordiales pour demander l’asile à la Suisse et prouver son rôle dans la mort du Führer.

Les services secrets ? Non, un seul homme

Toutes les preuves jouent contre Esler, mais il nie les accusations, prétextant qu’il ne souhaitait pas être enrôlé dans l’armée allemande, il fuyait vers la Suisse. Mais conscient que pour creuser l’emplacement dédié à sa bombe le suspect devait œuvrer à genoux, la police lui demande de baisser son pantalon. Ses genoux sont meurtris par son travail, Esler ne peut plus rien pour lui-même. Il avouera, après une nuit de torture, avoir commis l’attentat contre le dirigeant du Troisième Reich. Mais la police ne s’arrête pas là. Persuadés qu’il n’a pu commettre cet attentat seul, ils tentent de lui faire avouer une quelconque implication des services secrets Britanniques. Mais ce n’est pas le cas, et cela, les enquêteurs le comprennent après des heures de torture infructueuses. La propagande nazie incriminera malgré tout les services secrets Britanniques, probablement dans le but de mettre la main sur deux officiers britanniques Best et Stevens, qui seront kidnappés le lendemain de l’attentat raté.

Œil pour œil, dent pour dent

Esler n’aura le droit à aucun jugement, et restera prisonnier dans la capitale allemande jusqu’en 1941. Il est ensuite transféré à la prison du camp de concentration de Sachsenhausen, puis, à celle de Dachau en 1944. Esler n’est pas exécuté pour des raisons qui restent encore floues de nos jours. La plus probable serait que les nazis se seraient servis d’Esler comme pièce à conviction durant un grand procès après la fin de la guerre et ainsi prouver l’implication des services secrets Britanniques. Ce qui, comme vous le savez, n’aura jamais lieu.

Près de 6 ans après l’attentat raté qui aurait sans aucun doute changer le cours de l’histoire, Adolf Hitler se trouve dans son bunker berlinois, sur le point de pousser son dernier souffle. L’armée allemande est au bord du gouffre, il n’y a plus aucun espoir pour Hitler et tous ses hommes de mains. Mais ce n’est pas pour autant qu’il a oublié le menuisier qui aurait pu le tuer ce soir du 8 novembre 1939. Le 9 avril 1945, 21 jours avant qu’Adolf Hitler se donne la mort, le chef du camp de Dachau reçoit un ordre “venu d’en haut”. Il est expressément demandé d’exécuter celui qu’on appelait “le prisonnier spécial”. Le jour même, Georg Esler est exécuté par les gardes SS, 20 jours avant la libération du camp par les Américains.

Cérémonie d'hommage aux 7 victimes de l'attentat / Photo via histoire-image.org