Comment l’architecture contemporaine nous pousse à repenser la société?

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Musée Guggenheim de Bilbao, par Frank O. Gehry / Photo par PA (CC BY-SA 4.0)

Frank Gehry, Zaha Hadid, Santiago Calatrava… Si ces noms restent peu connus d’une grande majorité de la population, il n’empêche que ces architectes de renommée internationale sont à l’origine des bâtiments les plus singuliers de notre époque contemporaine. De la Fondation Louis Vuitton de Gehry à Paris au Centre culturel Heydar-Aliyev de Hadid à Bakou, ces infrastructures transforment littéralement nos espaces habités, avec des formes et des styles contrastant généralement avec le reste de leur environnement. Alors, comment sommes-nous parvenus à de telles conceptions? Quels-en sont les principaux acteurs et courants? Nous poussent-elles réellement à repenser la société? — Voici quelques réponses à ces interrogations étroitement liées à l’avenir même de nos habitats.

Un besoin de renouveau

Avant de comprendre comment l’architecture contemporaine du XXIème siècle parvient à transformer nos espaces urbains et ruraux, il est d’abord nécessaire de comprendre comment l’homme a commencé à imaginer des conceptions si particulières. En effet, le contemporain s’inspire grandement des courants avant-gardistes menés par les architectes modernes de l’après-guerre : Le Corbusier, Frank Lloyd Wright, Jørn Utzon… À l’origine de La Chapelle Notre-Dame-du-Haut, du musée Solomon R. Guggenheim de New York et de l’Opéra de Sydney en Australie. Différentes infrastructures aux allures particulières qui donnent, déjà à cette époque, une impression de renouveau entre les années 50 et 70.

Pourtant, comme l’explique Gilles de Bure dans Architecture Contemporaine : le Guide, c’est à partir des années 70 que l’on parle réellement d’architecture contemporaine. Bien que l’on ne puisse pas définir une date particulière à la naissance de ce mouvement, de nombreux architectes s’accordent à dire qu’il existerait un horodatage s’en rapprochant fortement : l’ouverture du Centre Pompidou de Renzo Piano et Richard Rogers en 1977, un bâtiment massif au cœur même de Paris et destiné à abriter des créations artistiques diverses, des genres modernes et contemporains. Cette infrastructure, façonnée de tuyaux en verre, créé alors une véritable onde de choc chez la population, celle-ci rompant avec l’idée que l’on se fait d’un lieu d’art à cette époque.

Dès lors, c’est tout un engrenage de projets architecturaux qui se met en place, avec des architectes à l’origine de prouesses toutes plus particulières les unes que les autres et partageant toute ou presque un aspect en commun : le contraste qu’elle apporte avec le reste des espaces qui les abritent. Plusieurs constructions voient ainsi le jour, notamment avec des formes particulières, telles que le Guggenheim Museum de Bilbao de Frank Gehry en 1997 ou l’Auditorium de Tenerife de Santiago Calatrava en 2003, ou bien avec des dimensions impressionnantes, comme la Dongdaemun Design Plaza de Zaha Hadid en 2014 ou la Tokyo Skytree de Tadao Andō en 2012.

Quelques œuvres célèbres

Disney Concert Hall par Frank Gehry, Los Angeles / Photo par Lando47 (CC BY-SA 4.0)

Si l’architecture contemporaine se définit par son appartenance à notre époque, en plus de sortir généralement du lot des structures avoisinantes, il n’empêche qu’elle englobe à elle seule une multitude de sous-genres et nuances bien particulières à ne pas négliger, qui sont par ailleurs souvent propres à chaque architecte. Une grande majorité des œuvres de l’américano-canadien Frank O. Gehry appartiennent par exemple au courant contemporain du déconstructivisme — caractérisé par une imprédictibilité et un chaos contrôlé des formes architecturales. Le Disney Concert Hall et le musée Guggenheim de Bilbao, exposées ci-dessus, sont toutes deux des figures importantes de ce sous-genre. 

Parallèlement, d’autres se rapportent davantage au genre néo-futuriste — ayant une approche idéaliste du futur, en repensant l’esthétique et la fonctionnalité des zones urbaines en pleine expansion. Deux grands acteurs de ce mouvement sont notamment l’irako-britannique Zaha Hadid et l’espagnol Santiago Calatrava. Des œuvres comme celles de la Cité des arts et des sciences à Valence ou The Shard à Londres font partie de ce mouvement. C’est aussi à travers l’architecture bionique — dont la composition et les lignes s’inspirent des formes biologiques de la nature — que certains prennent leurs marques, comme le britannique Norman Foster ou, une fois de plus, Santiago Calatrava. Voici quelques-unes de ces œuvres caractéristiques de ces différents architectes.

Heydar Aliyev Center par Zaha Hadid, 2007. / Photo par Hélène Binet

Le centre Heydar Aliyev en Azerbaïdjan — conçu par Zaha Hadid et ouvert en 2007 — est destiné à devenir le principal bâtiment pour les programmes culturels de la nation. Sa structure ondulée rompt avec l’architecture soviétique rigide et souvent monumentale répandue à Bakou. Monument phare du courant néo-futuriste, ce centre établi, d’après le site ArchDaily, une réelle relation continue et fluide entre la place qui l’entoure et l’intérieur du bâtiment.

30 St. Mary Axe par Norman Foster, 2004 / Photo via kientruc.vn

En référence à sa forme particulière, les Londoniens ont pris l’habitude d’associer le 30 St. Mary Axe à un cornichon (The Gherkin). Cette prouesse de l’architecture bionique est ouverte le 28 avril 2004 et est conçue par le cabinet d’architectes du célèbre britannique Norman Foster, pour la Swiss Reinsurance Company. Il est le premier gratte-ciel construit dans le quartier depuis les années 1970 et est la plus haute construction immobilière de la City. Par ailleurs, sa forme aérodynamique — en plus d’apporter un air de renouveau dans ce district de Londres — permet d’utiliser le vent dans le système de ventilation de l’immeuble tout en ayant une organisation interne en “étoile” qui donne à toutes les pièces intérieures du bâtiment un accès à la lumière naturelle. Ces deux aspects entrainent une importante économie d’énergie, si bien que les concepteurs du Gherkin revendiquent le titre de premier gratte-ciel écologique du Royaume-Uni.

Station du PATH, WTC, par Santiago Calatrava, 2016 / Photo par Shaun Dawson (CC BY 2.0)

Située au cœur même du Sud de Manhattan à New York, cette station de métro aux allures néo-futuristes et bioniques se démarque de son environnement. Conçu par l’architecte espagnol Santiago Calatrava, celle-ci aurait, d’après son auteur, la forme d’un oiseau libéré de la main d’un enfant. Le critique d’architecture du journal The New York TimesHerbert Muschamp, affirme :

Le design de Santiago Calatrava pour la station PATH du World Trade Center devrait satisfaire ceux qui pensent que les bâtiments prévus pour Ground zéro doivent aspirer à une dimension spirituelle. Au fil du temps, beaucoup de gens ont perçu un élément métaphysique dans le travail de M. Calatrava. J’espère que les New-yorkais détecteront également sa présence. Avec une profonde gratitude, je félicite la Port Authority pour avoir choisi M. Calatrava, le grand architecte et ingénieur espagnol, pour la conception d’un bâtiment qui a le pouvoir de façonner le futur de New York. C’est un plaisir d’écrire, pour une fois, que les fonctionnaires publics n’exagèrent pas lorsqu’ils décrivent un design comme époustouflant.

Repenser la société?

Comme expliqué dans un précédent article, l’architecture façonne aujourd’hui nos sociétés du monde entier. Particulièrement dans nos immensités urbaines, le contemporain se dresse aujourd’hui comme un aspect singulier des espaces, nous invitant souvent à les admirer, elle nous incite également à réfléchir et établir ce à quoi pourraient ressembler nos villes de demain. Désormais, ce sont des conceptions aux formes différentes de ce qui se faisait auparavant qui voient le jour : des bâtiments plus écologique, plus végétalisés, plus minimalistes, déconstructiviste ou néo-futuriste… Tandis que ses formes sont variées, il n’empêche qu’un constat peut d’ores et déjà être établi sur l’architecture contemporaine : cette dernière dresse dès aujourd’hui le futur de nos habitats, c’est pourquoi il est nécessaire d’y porter d’attention.