Quel avenir pour les relations entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite ?

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Joe Biden, président des Etats-Unis, et Mohammed Ben Salmane, prince héritier d'Arabie Saoudite

DÉCRYPTAGE – Alors que Trump avait fait de l’Arabie Saoudite un allié de premier rang au Moyen-Orient, ces relations semblent amenées à changer avec Joe Biden.

Les relations sous l'ère Trump

On se souvient de l’accueil impressionnant qui avait été réservé à Donald Trump lors de sa visite en mai 2017 à Riyad, capitale du royaume saoudien. Défilés militaires, portraits du président américain placardés sur les façades des immeubles… Cet accueil contrastait grandement par rapport à celui accordé à Barack Obama en 2016, dans un contexte alors tendu entre Etats-Unis et Arabie Saoudite, profondément divisés quant à l’attitude à avoir face à l’Iran et son programme nucléaire. Tandis que les américains signaient en 2015 le JCPOA, dit Accord sur le nucléaire iranien, qui limitait l’enrichissement d’uranium permis à l’Iran en échange d’investissements étrangers, les Saoudiens prônaient une attitude bien plus ferme face à leurs ennemis héréditaires.

Donald Trump en visite à Riyad, mai 2017. / Photo via www.middleeastobserver.org.

La raison d’un tel faste pour accueillir Trump était simple : faire du pays et de l’homme les plus puissants du monde des alliés. Car l’Arabie Saoudite, qui ambitionne de devenir la puissance majeure incontestable du Moyen-Orient dans la décennie à venir grâce à son plan Vision 2030, doit pour cela s’imposer sur la scène internationale.

En faisant des Etats-Unis un allié, le gouvernement Saoudien souhaitait développer son programme d’investissements étrangers et faire entendre son point de vue dans le dossier du nucléaire iranien. De leur côté, cette rencontre fut l’occasion pour les Américains de conclure un énorme contrat de ventes d’armes aux Saoudiens (le chiffre de 110 milliards de dollars avait été évoqué), ainsi que de faire avancer l’idée d’une reconnaissance officielle d’Israël par les Saoudiens (les Etats-Unis, et particulièrement Trump, ont historiquement toujours fait d’Israël un enjeu majeur de leur politique extérieure). 

C’est ainsi qu’un an après cette visite, le 8 mai 2018, l’Arabie Saoudite a salué la sortie des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien, comme voulu par Trump dans son programme, et la mise en place de la politique de la Pression maximale sur l’Iran, destinée à lui faire abandonner son projet d’arme atomique.

Ainsi, le mandat de Donald Trump s’annonçait optimal pour la relation entre ces deux pays.

L'affaire Khashoggi

Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi était enlevé au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul où il se rendait pour des formalités administratives, avant d’être tué et démembré. Les enquêtes menées par les autorités turques et de nombreux journalistes les semaines suivantes incriminent directement certains oligarques de la hiérarchie saoudienne.

D’abord enthousiasmé par les réformes menées par l’homme fort du régime d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane (dit MBS), Khashoggi avait par la suite multiplié les critiques envers le gouvernement les mois précédant son meurtre. Malgré l’émotion suscitée par ces actes au sein de la communauté internationale, les nombreux soupçons pesant directement sur MBS dans cette affaire ont été mis au maximum sous le tapis par Trump, qui a même protégé ce dernier à de nombreuses reprises, y compris devant le Congrès Américain, estimant que les relations entre leurs pays étaient plus importantes que ces soupçons. 

Jamal Khashoggi, journaliste d'opposition tué et démembré par l'Etat saoudien en Octobre 2018. / Photo via www.bbc.com

Un tournant avec Biden ?

Institué 46e Président de l’histoire des Etats-Unis en Janvier dernier, Joe Biden n’a pas attendu pour rompre avec la politique de son prédécesseur vis-à-vis du royaume saoudien. 

 

En effet, fin janvier, l’administration Biden a suspendu les ventes d’armes américaines à l’Arabie Saoudite dans le but de « réexaminer » ces ventes, décidées par Trump. Puis, le 5 février dernier, le nouveau président a annoncé la fin du soutien américain (déclaré sous Obama), à la coalition menée par l’Arabie Saoudite dans la guerre du Yémen, accusée de nombreux crimes de guerre et impliquée dans une dizaine de milliers de pertes civiles. Il a, par la même occasion, retiré les Houthis de la liste américaine des organisations criminelles. Les Houthis sont les séparatistes Yéménites alliés de l’Iran, contre lesquels la coalition saoudienne se bat dans la guerre du Yémen. Le 27 du même mois, il a déclassifié un rapport de la CIA impliquant directement MBS dans l’assassinat de Khashoggi ; rapport que Trump avait refusé de rendre public afin de préserver l’image du gouvernement saoudien dans l’opinion.

Pour certains, ces décisions sont inadéquates par rapport aux crimes dont est accusé l’Etat saoudien, car elles sont avant tout préventives et ne contraignent en rien Riyad. Cependant, comme le relaie le site spécialisé Arab Digest, il est possible que Biden se serve des tensions qui cristallisent la société saoudienne, ainsi que de celles qui divisent la famille royale, pour se débarrasser de MBS et installer à sa place un dirigeant plus compatible avec les attendus des Occidentaux. 

Si un tel évènement était amené à survenir, cela ajouterait une ligne de plus au long historique des ingérences américaines dans les affaires intérieures de pays étrangers, une attitude que l’on ne saurait cependant reprocher à Donald Trump.