Quelles sont les limites de l’intelligence animale?

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Qu'est-ce que l'intelligence? Comment la définir et connaître ses éventuelles limites?

Quelles sont les limites de l’intelligence animale? — Pour tenter de répondre à cette question, il semble d’abord nécessaire de chercher à définir ce que l’on considère en parlant d’intelligence. D’après le dictionnaire du Larousse, le terme intelligence, prenant sa racine du latin intelligere signifiant connaître, possède aujourd’hui plusieurs définitions. D’après celles-ci, l’intelligence pourrait être qualifiée comme étant l’ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle, ou encore l’aptitude d’un être vivant à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances. Plusieurs descriptions de ce qu’est l’intelligence s’offrent à nous, pour autant, toutes s’accordent généralement à dire qu’elle fait référence à nos capacités cognitives utilisées dans un but précis pour réfléchir, analyser et s’adapter à son environnement.

Ainsi, sommes-nous aujourd’hui capables de définir les éventuelles limites de l’intelligence chez les animaux? — Les espèces, ou du moins certaines d’entre elles, sont-elles vouées à devenir toujours plus intelligentes avec le temps? Ou bien devront-elles faire face à une limite définie les obligeant à ne plus développer leur capacité cognitive? Nous allons tenter de répondre à ces questions, en abordant d’abord l’état actuel des recherches concernant l’intelligence chez différentes familles d’espèces, comme les mammifères, les reptiles ou encore les oiseaux, avant d’essayer de comprendre si des limites existent dans ce règne du vivant.

Chez les mammifères

De nos jours, il est facile de penser que l’Homme possède la capacité intellectuelle la plus élevée du règne animal — celui-ci ayant réussi à former des sociétés de plusieurs millions d’individus, de construire des villes et d’interagir avec différents langages, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit et encore bien d’autres aptitudes lui permettant aujourd’hui de se dresser en haut de la chaine alimentaire. C’est un fait, aucune autre espèce sur Terre n’est dotée de telles capacités. Pourtant, il n’empêche que de nombreuses études montrent de nos jours que certains mammifères possèdent aussi des capacités, peu connues de tous, capables parfois même de remettre en question la place unique que l’homme occupe en matière de capacité cognitive.

Chez nos plus proches cousins biologiques, les grands singes, des indices surprenants de formes d’intelligence, parfois complexes et semblables à celles de l’Homme, sont régulièrement démontrées par plusieurs études. En 2019, un rapport publié par les Procédures de l’Académie Nationale des Sciences des États-Unis a notamment montré que certaines espèces de primates, notamment les chimpanzés, les bonobos ou encore les orangs-outans, parviennent à réussir des tâches de la théorie de l’esprit — l’aptitude cognitive d’une espèce lui permettant d’attribuer des états mentaux inobservables à lui-même ou à d’autres individus, comme une intention, un désir ou encore une croyance — une caractéristique que l’on pensait jusqu’ici réservée à l’Homme. Parfois même, certains primates réalisent d’autres prouesses intellectuelles lorsqu’ils sont dans les bonnes conditions. C’est notamment le cas pour la célèbre Koko, une femelle gorille ayant montré aux yeux du monde entier sa capacité à parler en langue des signes américaines après plusieurs dizaines d’années plongée dans cet apprentissage linguistique. Un cas inédit démontrant une fois de plus les prouesses cognitives dont certains primates sont capables.

Chez d’autres espèces de mammifères, des caractères d’intelligence sont également régulièrement démontrés. Tout comme l’Homo Sapiens et les grands singes, il semblerait que les éléphants, les dauphins ou encore les orques et certaines espèces de porcs obtiennent généralement un résultat positif au test du miroir, développé par le psychologue américain Gordon G. Gallup dans les années 70. Cette épreuve — consistant à déterminer si un animal est capable de reconnaitre son propre reflet dans un miroir comme étant une propre image de son corps — est à nouveau, malgré ses limites et critiques, une preuve de l’intelligence des mammifères, puisqu’en théorie, elle montre que les espèces ayant un résultat positif ont une conscience d’elles-mêmes.

Chez les autres groupes d'espèces

Bien que les études montrent aujourd’hui que les mammifères possèdent la plus forte présence de marques d’intelligence, du moins telle que nous la définissons, il n’empêche que certains autres groupes d’espèces révèlent des traces cognitives parfois surprenante. C’est notamment le cas chez les oiseaux ; des chercheurs de l’Université d’Auckland en Nouvelle-Zélande ont par exemple démontré qu’une espèce sauvage de corbeau, le Corvus moneduloides, était en capacité d’utiliser des miroirs pour percevoir et trouver de la nourriture, sans aucun entraînement préalable. Si ce fait peut sembler anodin pour une espèce comme l’Homo Sapiens, elle relève cependant d’un “exploit” pour cette espèce sauvage, comme le souligne Felipe Medina Rodriguez, le directeur de cette étude. De même, certaines espèces d’oiseaux, comme le perroquet gris du Gabon ou la pie bavarde réussissent également le test du miroir.

D’autres groupes du règne animal, comme les reptiles par exemple — souvent considérés comme nettement moins intelligent que les oiseaux ou les mammifères en raison du faible nombre d’études autour de cette famille d’espèces — montrent tout de même des traces notables de capacités intellectuelles. Certaines espèces de reptiles, comme les tortues de mer vertes — scientifiquement appelées Chelonia mydas — ont été testées en captivité avec des expériences d’apprentissage classiques. On a découvert que 18 tortues de mer vertes âgées de quatre à cinq mois étaient capables d’apprendre rapidement dans les deux sens de l’apprentissage conditionnel classique et ont prouvé qu’elles étaient plus conscientes de leurs comportements. D’autres études montrent également les techniques de chasse très élaborées de certains reptiles, comme les espèces du groupe varanidae, qui développent des stratégies de chasse semblables à certains mammifères.

Existe-il des limites?

Les espèces animales possèdent toutes un certain niveau d’intelligence, ce qui a en partie contribué à leur survie sur plusieurs milliers ou millions d’années pour certaines. Néanmoins, est-ce que cette intelligence est vouée à constamment s’accroître avec l’évolution — comme il est notamment simple d’imaginer en observant l’évolution toujours plus croissante des capacités intellectuelles de l’espèce humaine — ou bien devrons-nous, à une certaine époque, faire face à une limite définie empêchant le développement de l’intelligence animale, aussi bien pour l’Homme que pour les autres espèces de ce règne biologique? Deux courants de pensée se distinguent alors.

D’abord, la théorie communément admise par tous voudrait que l’intelligence ne cesse de se développer. La science à montré qu’au cours du temps, l’Homme n’a pas cesser de se développer et de nombreuses études ont par exemple démontré qu’au cours du XXème siècle, le QI — obtenu après un test psychométrique qui entend fournir une indication quantitative standardisée de l’intelligence humaine — n’a cessé d’augmenter. D’après une analyse de BBC Ideas, cela s’expliquerait majoritairement par la qualité grandissante de notre éducation, mais aussi de notre meilleure alimentation et de l’arrivée de nouvelles technologies dans nos vies. Ainsi, selon Richard Nissbet, un psychologue américain et co-directeur du programme Culture et Cognition à l’Université du Michigan, les hommes ne cesseront de développer leur intelligence ; de nouveaux problèmes demanderont inévitablement à être pris en charge dans le futur, les hommes devront continuellement réfléchir et utiliser leur capacité intellectuelle pour les résoudre.

Néanmoins, tous ne sont pas de cet avis. C’est notamment le cas du docteur britannique Gavins Evans de l’Université de Londres, qui affirme que l’intelligence humaine n’a pas évolué depuis des centaines de milliers d’années, et que l’évolution croissante de nos sociétés ne serait donc pas obligatoirement liée à l’augmentation de notre intelligence. Finalement, on pourrait se demander si cette question ne peut pas être résolue de plusieurs manières selon la façon d’évaluer l’intelligence. En effet, le QI se base exclusivement sur de la logique, parfois abstraite, pour définir ce qui semble être l’intelligence telle que nous la définissons aujourd’hui. Pourtant, certains experts affirment qu’il existerait plusieurs formes d’intelligences, c’est le cas d’Howard Gardner et sa théorie des intelligences multiples. Dans cette mesure, il serait nécessaire de concevoir un test non plus universel à tous mais qui visent à percevoir et comprendre les différentes nuances de ces nombreuses intelligences chez chaque individu.