Que se passe-t-il à Barcelone ?

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Des véhicules de police incendiés dans les rues de Barcelone. / Photo via www.theolivepress.es

MISE AU POINT – La ville de Barcelone est plongée depuis deux semaines dans une série de troubles sociaux. Quelle en est la raison ?

Samedi dernier, la ville de Barcelone a connu une nouvelle nuit d’émeutes, résultant en l’incendie de véhicules de police, des destructions de vitrines et à l’arrestation de 12 manifestants. Selon la police, ils étaient 4 000 protestataires cette nuit-là dans les rues catalanes, rassemblés sous le slogan « Lluitar, crear poder popular » (« battez-vous, créer un pouvoir populaire »). Or, ceci est devenu une scène courante pour les habitants depuis près de deux semaines.

Une incarcération polémique à l’origine

Mardi 16 février, le rappeur catalan Pablo Hasél était condamné par la justice espagnole à neuf mois de prisons, pour des tweets dans lesquels il insultait notamment la monarchie espagnole et les forces de l’ordre. Le soir même, plusieurs villes espagnoles, dont Barcelone et Madrid, se transformèrent en théâtre de contestation de cette décision, entraînant pillages de boutiques de luxe, d’hôtels et de concessionnaires automobiles. Deux semaine après ces événements, Barcelone en est devenue l’épicentre, où une femme a perdu un oeil suite à un tir de balle en caoutchouc par la police.

Antisystème, communiste convaincu, déjà condamné il y a dix ans pour incitation à la haine, Pablo Hasél n’en est pas à son coup d’essai, lui qui dit vouloir « renverser la dictature capitaliste » espagnole.

Le rappeur Pablo Hasél, brûlant un drapeau espagnol. / Photo via laverite.ma

Catalyseur de revendications

Bien que les manifestants, principalement âgés de 18 à 25 ans, n’appartiennent à aucun groupe politique, ces protestations sont un moyen pour la jeunesse espagnole de se faire entendre, dans un pays où le taux de chomâge chez les jeunes atteint 40 %, le plus haut dans toute l’Union européenne. Mais le contexte économique n’est pas le seul facteur de contestation chez les jeunes : ceux-ci critiquent aussi violemment le manque de liberté d’expression qui règne selon eux dans le pays, et dont aurait été victime Pablo Hasél.

D’autre part, ces manifestations permettent aussi aux groupes indépendantistes catalans de se mobiliser, eux qui souhaitent se servir de l’engouement de la mobilisation pour diffuser leurs idées. C’est une des raisons pour laquelle cette mobilisation perdure autant à Barcelone, capitale administrative de la Catalogne. 

"Vous nous avez appris qu'être pacifiques est inutile" brandissent les manifestants. / Photo via españamadrid.com

Tensions politiques majeures

Ces événements ont créé une scission importante au sein du gouvernement espagnol. Celui-ci, composé d’une alliance entre les socialistes et le parti Podemos d’extrême-gauche s’est tout d’abord muré dans le silence, avant que le dirigeant de Podemos et vice-président du gouvernement Pablo Iglesias apporte son soutien aux manifestants, questionnant même la situation démocratique du pays. Ces déclarations ont déclenché un tollé de la part de tous les partis d’opposition de droite, mais aussi au sein du Parti socialiste du Premier ministre Pedro Sanchez, ce qui fait craindre un risque de scission au sein de l’exécutif, et une potentielle dissolution du gouvernement.