L’extrême-droite et son ascension expliquée

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Manifestation de Génération Identitaire, un mouvement politique d'extrême-droite. / Photo par AFP.

La France est-elle réellement en train de subir un ensauvagement ? L’extrême-droite, celle que l’on qualifie de « dure », sera-t-elle le choix d’une majorité de Français aux prochaines élections présidentielles ?

En 2017, lors des élections présidentielles, Marine Le Pen, candidate du Front National (dorénavant Rassemblement National), un des partis français de l’extrême-droit, avait été désignée deuxième par les urnes, derrière Emmanuel Macron à 10 millions de votes près.

2022 et l’échéance de nouvelles élections ne cessent de s’immiscer dans les médias et les basses discussions des politiques. On recherche, sur tous les bords, le candidat qui pourra s’opposer au président actuel, à celui que certains appellent Jupiter ou que deux cadors du Rassemblement, L. Alliot et M. Le Pen, surnomment « bébé Hollande ».

Jeudi 11 février 2020, la député et présidente du Rassemblement National Marine Le Pen se retrouvait face à Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur du gouvernement, dans un débat Vous avez la parole, sur France 2. Ancien maire de Tourcoing sous l’étiquette de l’UMP, un parti classé du centre droit, G. Darmanin est aux côtés du président Emmanuel Macron depuis 2017, d’abord au ministère de l’Action et des Comptes publics, puis, depuis le remaniement de juillet 2020, au ministère de l’Intérieur. Ce poste à grande responsabilité le met sur le devant de la scène, et depuis l’été 2020 ne cesse de le faire prendre la parole et de mettre en cause la montée de la violence dans notre pays. En juillet 2020, il appela dans les tribunes du Figaro à « stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société ». L’emploi de ce terme, bien connu de l’extrême droite, fait naître un grand débat : ce mot était-il trop puissant ? La société va-t-elle si mal ? …

  1. Darmanin s’est aussi chargé de défendre les gendarmes et policiers, dont la violence de certains est décriée… Pour cela, il organise entre février et mai un Beauveau de la Sécurité, où de façon hebdomadaire (le lundi), il prend le temps de se déplacer dans le pays et d’organiser une table ronde, pour identifier les problèmes et trouver des solutions, dans le but simple de réformer nos forces de l’ordre et l’interaction entre l’Autorité et le peuple : rétablir la confiance. Il s’occupe aussi en ce moment de défendre le projet de loi « séparatisme », qui fut beaucoup abordé lors du débat entre Marine Le Pen et lui-même. TheCuriosity revient pour vous sur cette montée en puissance de la droite dure, sur ses moyens techniques pour conquérir les urnes et une vision élargie à l’échelle européenne de la montée de cette extrême.

Qu’est-ce que l’extrême-droite ?

Selon le dictionnaire Larousse, l’extrême droite est un « ensemble de mouvements qui se rattache à l’idéologie contre-révolutionnaire et qui récuse aussi bien le libéralisme que le marxisme ». Ces mouvements sont alors favorables à l’utilisation de la violence, et d’un système répressif. « L’antiparlementarisme [c’est à dire une importante hostilité envers le Parlement, NDLR] et l’anticommunisme sont les deux thèmes essentiels de l’extrême-droite. »

Le politologue Thomas Guénolé divise l’extrême-droite en quatre courants : L’extrême-droite poujadiste, la souverainiste, la traditionnelle et la raciste. Le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement Nationale (ancien Front National) est nationaliste, et appartient donc au courant de l’extrême-droite souverainiste. Les membres du RN sont aussi des eurosceptiques, anti-mondialistes…

Une prise de position progressive dans la société et les institutions démocratiques

Depuis quelques décennies, l’extrême-droite revient après une période en marge après la Seconde Guerre Mondiale. Le début de cette ascension est estimé dans les années 1980. L’extrême-droite s’est retrouvée à deux reprises au deuxième tour des élections présidentielles, en 2002 puis en 2017, d’abord représentée par Jean-Marie Le Pen, puis par sa fille Marine.

En 2020, le Rassemblement National revendique 83 000 adhérents dans 100 fédérations du territoire métropolitain et d’outre mer, ainsi qu’à l’étranger. En dehors de ce parti politique et le Mouvement Nationaliste Radicale, les renseignements généraux français estiment entre 2500 et 3500 le nombres de militants ou de sympathisants de l’extrême-droite en France.

Le mouvement politique d’extrême-droite Génération identitaire, dans le collimateur du ministre de l’Intérieur, s’autoproclame composé de 3 000 membres, mais ce chiffre est rabaissé à seulement quelques centaines par Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques.

Le RN occupe de plus en plus de place dans l’échiquier politique, et en voici un aperçu :

  • Arrivé du FN ou RN au deuxième tour des élections présidentielles : 17,79% en 2002 (encore FN) ; 33,9% en 2017
  • Après les élections européennes de 2019, le Rassemblement National est le parti le plus représenté : 23 eurodéputés sur 79. 
  • Un seul sénateur est réélu en 2020 : S. Ravier 

 

Une montée nuançable : 

  • Élections municipales en France : 463 communes et 1438 sièges en 2014 ; 258 communes et 840 sièges en 2020

 

Marine Le Pen est députée à l’Assemblée Nationale mais elle n’y siège pas sous l’étiquette du Rassemblement National car ils ne sont que 8 (un groupe parlementaire étant formé de 15 élus minimum)

Débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin, le jeudi 11 février 2020. / Extrait de Vous Avez la Parole, sur France 2.

Les méthodes et actions de la droite perdurent en France

Lors de la première partie du débat télévisé sur France 2, concentré sur le projet de loi (PJL) Respect des principes de la République, Marine Le Pen s’est servie d’un important attirail d’attaque contre le gouvernement et sa gestion des religions. Elle a tout d’abord joué son rôle d’opposition, en faisant des reproches à G. Darmanin et au PJL qu’il défend de longues heures à l’Assemblée Nationale lors de la première lecture (dont le temps prévu de 40h à finalement doubler). La député a commencé par dénoncer un projet de loi qui n’allait pas assez loin, quand elle veut aller jusqu’à l’interdiction du port de signe religieux partout (visant évidemment le hijab), le ministre reste sur les positions des lois existantes (interdit à l’école par exemple) et sur le principe de laïcité. Dans ce cadre, elle a assisté à la commission qui a permis l’écriture de la loi, avant sa présentation à l’Assemblée, mais, insatisfaite, elle lance l’écriture de sa propre loi luttant contre le séparatisme. 

La présidente du Rassemblement National s’est aussi livrée à de longues batailles de chiffres, en direct avec le ministre et les deux journalistes. Elle avait tort et n’acceptait pas les chiffres communs du membre du gouvernement et des journalistes. C’est pourquoi Gérald Darmanin déclare que ce qu’elle dit est « totalement faux […] encore un coup d’approximation ».

Le mouvement Génération Identitaire, soutenu par le Rassemblement National et menacé de destitution par le Ministre de l’Intérieur, mène des actions d’extrême-droite totalement différentes.  Celles-ci ne se basent pas sur le positionnement de représentants, mais sur des actions « coup de poing », telles que le blocage des migrants dans les Pyrénées françaises à la fin janvier 2020. Ils sont arrivés à une trentaine dans des voitures parées du slogan « Defend Europe ». Ils ont aussi perturbé, en décembre, la distribution d’une soupe populaire à des migrants et personnes démunies à Rouen. Les actions de ces militants d’extrême-droite pourraient être, selon le code de la Sécurité Intérieure (CSI), qualifiées de « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ». C’est ce motif qu’invoque Gérald Darmanin quand il indique dans un tweet le 14 février que « la procédure de dissolution est enclenchée ». Or, cette démarche est compliquée et a échoué les précédentes fois.

Ce groupuscule est aussi défendu par l’eurodeputé du RN, Thierry Mariani, qui considère ses membres comme des « lanceurs d’alertes ».

À l’échelle de l’Europe, l’extrême-droite prend aussi de plus en plus de place

Un des pays les plus marqués par la montée de la droite dure, celle nationaliste et fortement eurosepctique, c’est l’Allemagne. Il est important de savoir qu’en 2015 le pays a accueilli de nombreux migrants, ce qui le divisa et enclencha une importante montée des groupes dit “ Rechte”. Ils se normalisent et gagnent les populations. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), considéré comme un parti de la droite conservatrice (car “l’extrême-droite” désigne pour eux le nazisme), entre au parlement, le Budenstag, avec 4,7% des voix en 2013, puis lors des mêmes élections législatives 4 ans plus tard, le parti obtient 12,6% du suffrage. Le parti se rapproche des “anti-migrants”, ce qui renforce ses idées nationalistes. Il sont aussi de virulents climatosceptiques, quand ils déclarent, dans leur programme, que le “CO2 n’est pas un produit polluant”. Cette montée en puissance d’un parti allemand, aux limites du populisme pour les plus radicaux, illustre bien le fait que la France n’est pas le seul pays d’Europe à faire face à une nouvelle montée de la droite dure, qui menace directement la démocratie, les libertés fondamentales et les droits politiques. L’exemple français, qui triche sur les chiffres et bourre les esprits de stéréotypes, nous oblige tous et toutes à agir avec un sens critique et une vérification des informations, pour ne pas tomber dans le piège que l’extrême-droite nous tend sur un plateau. Le Rassemblement National et à plus grande échelle l’ensemble des groupes d’extrême-droite, veulent par leur communication, faire croire aux électeurs qu’ils sont le choix unique et imposé par les anciennes politiques, et affirment qu’eux, la droite dure, seront plus performants.

“Quand je serai présidente de la République, je vais appliquer mon texte.”

Marine Le Pen, Députée et présidente du Rassemblement National.