Le coup d’État en Birmanie : L’Histoire qui se répète ?

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Un soldat monte la garde sur une route bloquée menant au Parlement du pays, lundi, après que les militaires aient arrêté la dirigeante du pays, Daw Aung San Suu Kyi, lors d'un coup d'État. / Photo via AFP.

Alors que la Birmanie semblait depuis quelques années sortir de son passé douloureux et de faire un pas en avant vers la démocratie, le coup d’État militaire du lundi 1er février signe le retour de l’armée à la tête du pays. Il intervient dans un contexte de démocratisation de la Birmanie qui parvenait depuis la promulgation de la Constitution de 2008 à limiter la puissance de son armée ayant auparavant pris le pouvoir et dirigée d’une main de fer le Myanmar à plusieurs reprises.

Le 1er février : le récit de l'enterrement de la démocratie en Birmanie

Dans la journée de ce premier lundi du mois, l’armée s’est emparée de l’Hôtel de ville de Rangoun, puis a emprisonné sans aucun motif valable le Président en fonction Win Myint ainsi que la fondatrice du Parti au pouvoir  Aung San Suu Kyi, célèbre femme politique ayant reçu le prix Nobel de la Paix en 1991 pour son farouche combat contre la junte militaire au pouvoir à l’époque en 1990. Le Parlement a été dissout par l’armée qui a proclamé un Président en intérim, Myint Swe, ancien vice-président sous le régime démocratique en vigueur juste avant le putsch. L’État d’urgence a été décrété pour au moins un an dans le pays et un homme désormais s’impose comme le numéro 1 du pays.

Qui est Min Aung Hlaing ?

Min Aung Hlaing en uniforme de militaire. / Photo par Marcellino Pascua.

Chef des Armées depuis plus de dix ans, il est désormais détenteur des pleins pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. C’est un homme controversé puisqu’il est accusé de crimes contre l’humanité, à savoir d’avoir organisé des massacres d’une ethnie musulmane minoritaire en Birmanie, les Rohingyas. Ainsi, un million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh depuis 2017 afin de fuir la répression organisée par Min Aung Hlaing. Il est par ailleurs accusé de génocide devant la Cour Internationale de Justice située à la Haye.  

Et qui est Aung San Suu Kyi ?

Aung San Suu Kyi lors de sa récompense pour le prix Sakharov en 2013. / Image via Claude Truong-Ngoc (CC BY-SA 3.0)

Comme dit précédemment, elle est une grande figure de la démocratie en Birmanie. Son parcours est un symbole de la liberté au Myanmar puisqu’elle s’est opposée dans les années 80 et 90 à la junte militaire au pouvoir, et a été détenue pendant de longues années jusqu’à sa libération en 2010. Elle s’est aussitôt engagée dans la politique de son pays et a remportée en 2012 les élections législatives, qu’elle n’a cessée de remporter depuis.

Des militaires puissants depuis bien longtemps

Contrairement à ce que l’on pourrait croire depuis la rédaction de la Constitution de 2008, l’armée est toujours influente dans la politique du pays et pèse lourd sur les décisions politiques du pays. Le pays a vu plusieurs juntes militaires au pouvoir ayant affaibli les libertés individuelles, notamment celle de Ne Win en 1962, puis celle de 1988 ayant provoqué de gigantesques protestations à l’époque.

Quels sont les raisons du putsch ?

“Le coup d’État est nécessaire afin de stabiliser le pays “

– L’armée birmane lors d’une déclaration télévisée

L’armée a également dénoncé les élections législatives de 2020 comme étant truquées. Elle avait prévenu la commission électorale que l’armée interviendrait si ce litige n’était pas résolu, chose qu’elle a faite. En réalité, les élections législatives de 2020 en Myanmar ont renforcé le parti de Aung San Suu Kyi, la LND pour Ligue Nationale pour la Démocratie tandis que le parti des militaires a été affaibli en n’obtenant que quelques sièges. Cette perte de pouvoir et d’influence des militaires sur le pouvoir législatif ont donc précipité cette situation pourtant démentie par les militaires qui, la veillent du putsch, affirmaient ne pas vouloir faire ingérence dans le gouvernement. 

Une large indignation à l'international

“La détention de dirigeants politiques au Myanmar est un coup dur pour les réformes démocratiques dans le pays.”
“J’exhorte les dirigeants militaires à respecter la volonté du peuple et à adhérer aux normes démocratiques.”

– Tweet d’Antonio Guterres, le Secrétaire Général de l’ONU, du 1er février 2021 à propos des évènements en Birmanie

L’Australie et les États-Unis ont été les premiers pays à dénoncer le putsch ainsi qu’à faire pression sur la Birmanie pour libérer les innocents détenus sans raison recevable. Cet évènement a été ensuite condamné par la quasi-totalité des pays occidentaux. La situation est telle que l’Organisation des Nations Unies a réuni le Conseil de Sécurité en urgence le lendemain, soit le 2 février afin de discuter entre les membres permanents du Conseil sur de potentielles résolutions envers les militaires birmans. En effet, le Conseil de Sécurité de l’ONU est composé de cinq membres permanents à savoir le Royaume-Uni, les États-Unis, La Russie, La Chine et la France pouvant chacun user de leur véto afin de bloquer une résolution, ainsi que de 15 membres temporaires.

La Chine bloque une quelconque action de la coalition internationale

La République populaire de Chine a usé de son droit de veto, ce qui lui permet d’annuler toute décision venant du Conseil de Sécurité. Par conséquent, toute résolution est bloquée par la Chine, fidèle alliée de l’armée birmane ayant tout intérêt à favoriser l’avènement et l’assise des militaires sur le pays, ce qui remet en question l’efficacité de l’Organisation des Nations Unies

Un avenir incertain

Pour l’instant, population est restée assez discrètes suites aux évènements. Toutefois Aung San Suu Kyi a appelée au peuple du Myanmar de désobéir en descendant dans les rues pour protester contre le putsch, à savoir que le Parti de Madame San Suu Kyi est très populaire dans le pays, ce qui pourrait mener à des affrontements violents si la situation dégénère. Cette situation en Birmanie pose la question de la place des militaires dans la politique, et plus globalement en Asie du Sud-Est où les militaires détiennent encore de nombreux pouvoirs comme la Thaïlande encore marquée par son instabilité politique.