Pourquoi l’intelligence artificielle n’existe-t-elle pas ?

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Conférence de Luc Julia lors du salon du business de l'IA à Paris. / Photo par lannuairedigital.fr

On entend souvent des discours fatalistes comme Elon Musk a pu le faire en pensant que l’IA pourrait nous échapper et prendre le contrôle du monde, le problème avec ce genre de déclaration c’est que les personnes sans connaissances relatives au sujet finissent par y croire. C’est le cas de Bill Gates qui a déclaré en 2015 qu’il était d’accord avec Elon Musk. Néanmoins, Gates a de nouveau été interrogé sur le sujet en février 2018 et il semblerait qu’il ait évolué sur la question :

Le développement de l’intelligence artificielle signifiera tout simplement que la société sera capable d’être plus productive en fournissant moins d’efforts.

En effet si vous posez la question à la plupart des experts en intelligence artificielle ils vous diront certainement que les avancées d’Elon Musk sont fausses et infondées. C’est le cas de Luc Julia qui est le vice-président mondial de l’innovation chez Samsung ainsi que le cocréateur de Siri, qui a écrit le livre “L’intelligence artificielle n’existe pas”. Nous allons évidemment nous servir de ce livre pour essayer de vous éclairer dans cet article sur un sujet ou peu de gens s’entendent sur ce que c’est réellement, “l’intelligence artificielle”. 

Qu’est ce que l’intelligence ?

Avant d’essayer de comprendre le concept d’intelligence artificielle, je pense qu’il est bon de commencer par déterminer ce qu’est l’intelligence. Bien sûr, il n’existe pas une manière de la définir et nous sommes loin d’être en capacité d’en donner une définition précise et objective. D’ailleurs il existe sûrement une multitude d’intelligences, si cela vous intéresse je vous invite à consulter l’article TheCuriosity portant sur la théorie des intelligences multiples réalisée par Howard Garner. 

Dans cet article nous parlerons évidemment de l’intelligence humaine. Pour paraphraser Luc Julia l’intelligence est la capacité de casser les règles, d’innover et de s’intéresser à ce que l’on ne connaît pas. L’innovation est par définition la capacité de faire quelque chose que personne n’a jamais fait avant. 

L'histoire d'un malentendu

C’est en 1956, lors de la conférence de Dartmouth qui regroupait un grand nombre de scientifiques qui étudiaient la théorie des automates introduite par Alan Turing une vingtaine d’années auparavant, que le terme d’intelligence artificielle prit naissance. En effet John McCarthy qui était l’un des organisateurs de la conférence fit un appel à la recherche :

Nous proposons qu’une étude de deux mois sur l’intelligence artificielle soit menée pendant l’été 1956 au Dartmouth College à Hanovre, New Hampshire. L’étude, qui s’intéressera à chaque aspect de l’apprentissage ou à toute autre caractéristique de l’intelligence, décrira avec précision toutes les étapes qu’une machine pourra alors simuler. On tentera de trouver un moyen pour que les machines utilisent le langage, forment des abstractions, des concepts et résolvent des problèmes qui sont maintenant réservés aux humains. Nous pensons que des avancées significatives peuvent être réalisées sur un ou plusieurs de ces problèmes si un groupe de scientifiques soigneusement sélectionné y travaillent ensemble.

Cette proposition fut acceptée par tous et les progrès furent au rendez-vous. Cependant les résultats affichés étaient bien loin de leurs attentes. Ils ont “simplement” permis de mettre en place ce qui deviendra plus tard les systèmes experts. De ce fait nous sommes donc très loin de pouvoir parler d’intelligence. Et oui, nous comprenons donc que l’emploi d’intelligence dans cette discipline est née sur des ambitions qui étaient bien loin de la réalité.

Par la suite, de par tous les efforts pour aboutir à la simulation du cerveau humain Franck Roseblatt, psychologue américain, à inventé un algorithme d’apprentissage en 1957 appelé le perceptron qui avait pour but de simuler les fonctions d’un neurone. Cette avancée a engrangé un réel engouement autour des réseaux de neurones qui sont d’ailleurs aujourd’hui, l’une des bases de l’apprentissage des machines, ce qu’on appelle plus communément le “Machine Learning“. Cependant nous ne pouvons toujours pas parler d’intelligence puisque ces fonctions permettent seulement de ressortir ce qu’on leur a appris.

C’est alors qu’au tout début des années 1970, après 10 ans d’échecs et l’absence d’avancées significatives que les chercheurs ont perdu espoirs et on a assisté à l’entrée de ce que l’on appelle l’hiver de l’IA.

De l'intelligence artificielle à l'intelligence augmentée

Dans les années 1990, on assiste à l’arrivée d’éléments cruciaux concernant l’intelligence artificielle : Internet et sa quantité massive de données. Internet est très rapidement devenu la plus grande base de données au monde et cette plateforme permet la communication de celles-ci. C’est l’apparition du “big data” et donc un renouveau concernant l’intelligence artificielle. En effet les données sont un carburant essentiel dans tous les algorithmes d’apprentissage. Mais toujours pas de signe d’intelligence, si nous prenons l’exemple d’un algorithme pour la reconnaissance de chats et qu’on souhaite atteindre une précision de 95% nous aurons besoin d’environ cent mille images de chats, alors qu’on estime qu’un bébé aurait besoin de seulement deux ou trois images de chats pour avoir une réussite de 100%. C’est une preuve que les méthodes d’apprentissage utilisés par nous, humains, sont encore très différentes d’une machine. 

Luc Julia affirme que nous devrions employer le terme “d’intelligence augmentée” au lieu “d’intelligence artificielle” et nous avons ici de bonnes raisons de le suivre sur ce point. Le cerveau est un organe complexe résultant de millions d’années d’évolution, celui-ci est composé de milliards  de neurones qui communiquent entre elles nous permettant : de comprendre le monde qui nous entoure de s’adapter à notre environnement, de pouvoir se poser la question : “qui suis-je ?” et tout ça en consommant seulement 20Wh alors que Deep Mind, l’intelligence artificielle qui a permis de battre le champion du monde de go en consomme 400 kWh soit 20 000 fois plus que notre cerveau pour une unique et même tâche. Il est certain qu’il faudrait des systèmes complètement différents de ceux utilisés actuellement pour permettre l’émergence d’une intelligence artificielle. Mais il est certain que ce qu’est l’intelligence artificielle actuellement permet de nous augmenter, elle permet d’effectuer des tâches qui sont redondantes et inintéressantes. Et donc de pouvoir utiliser notre temps plus efficacement en nous centrant sur ce qui est vraiment important : la recherche, travailler dans un domaine qui nous stimule vraiment ou tout simplement prendre du temps pour soi.