Le problème de l’huile de palme en Indonésie, expliqué

Partager ce sujet →

Depuis plusieurs années, un produit est au cœur d'un vaste problème écologique et social en Indonésie, l'huile de palme. / Photo par Achmad Rabin Taim

L’huile de palme, une ressource autrefois rare et utilisée par les populations de certains pays tropicaux, avec un but alimentaire et médicinal, est devenue avec le temps l’un des piliers centraux de la fabrication de certains produits de l’industrie agroalimentaire. En effet, en étant aujourd’hui présente dans une multitude d’aliments transformés, consommés par chacun d’entre nous, souvent plusieurs fois au quotidien, cette huile végétale est devenue, en quelques dizaines d’années, la plus consommée dans le monde. Pourtant, ce produit a priori ordinaire, bien que très bon marché, est loin d’être si excellent, et cache en réalité de nombreux aspects néfastes, tant sur le plan écologique, que social et alimentaire. En effet, que ce soit la déforestation massive qu’elle engendre dans les pays qui la produisent, comme l’Indonésie et la Malaisie, mettant en danger la biodiversité locale, ou bien les conditions de travail dans ces zones d’exploitation, jusqu’aux aspects négatifs de cet aliment pour la santé, tout semble montrer que l’huile de palme est loin d’être durable.

Désastre social

Comment une huile végétale, dont l’utilisation remonte à plusieurs millénaires a pu, en l’espace de quelques dizaines d’années seulement, créer une véritable crise sociale en Indonésie? En réalité, lorsque l’on parle de crise sociale, c’est principalement pour évoquer le désastre des conditions de travail des travailleurs dans les productions des palmiers à huile en Indonésie – le plus gros producteur de ce produit – car en réalité, le développement des cultures a permis de sortir certaines régions rurales de la misère, en y développant une économie en plein essor grâce à ce produit. Pourtant, bien que la demande pour ce produit, venue des pays développés d’Amérique et d’Europe, ait tout simplement explosé depuis les années 60, les plantations sont au cœur d’un système économiquement inégalitaire dans ce pays produisant aujourd’hui 50% de l’huile de palme dans le monde.

En effet, bien que la demande soit forte et que le marché de l’huile de palme soit en constante hausse, les travailleurs de ces plantations sont souvent payés avec des salaires très bas en comparaison du travail acharné qui leur est demandé dans ces plantations de palmiers à huile. De plus, dans de nombreux cas, ces travailleurs n’ont pas la liberté financière d’aller travailler ailleurs que dans ces cultures, car l’emploi en milieu rural est rare et les plantations sont souvent les seuls moteurs économiques de ces campagnes. De même, des enfants sont également employés dans ces plantations, qui doivent alors travailler plutôt que d’aller à l’école, ce qui peut les piéger dans la pauvreté à long terme, puisqu’ils risquent de souffrir d’un manque d’éducation une fois devenus adultes.

Désastre écologique

Bien entendu, cette culture intensive de l’huile de palme nécessite de la place pour être produite. Ci-dessus, l’image satellite de l’île de Bornéo en Indonésie, victime d’une déforestation massive – en brûlant la végétation, ce qui libère également le dioxyde de carbone des plantes dans l’air – organisée depuis plusieurs dizaines d’années, principalement causée par l’implantation de monocultures de palmiers à huile. Cette déforestation amène différents enjeux environnementaux, de plus en plus évoqués dans l’opinion publique.

Par la déforestation impliquée par la culture croissante des palmiers à huile, l’habitat naturel de nombreuses espèces animales et végétales se voit être détruit (de même que les territoires de certaines tribus locales) menaçant ainsi l’entièreté de la biodiversité dans cette région. En effet, de nombreux animaux – notamment les différentes espèces d’orangs-outans, toutes en danger critique d’extinction – doivent être déplacés et trouver un nouveau foyer, parfois difficile d’accès. De plus, comme les plantes ne peuvent pas du tout se déplacer, il est probable que leur population diminue de manière significative.

Désastre alimentaire

Si l’huile de palme est déjà au cœur d’un vaste problème écologique et social en Indonésie, il ne faut pas négliger le fait que cet ingrédient possède aussi certaines limites sur le plan alimentaire. De plus, étant donné que les principaux consommateurs alimentaires de cette huile sont les pays américains et européens – dont la France, qui occupe la 19ème place mondiale en matière d’importation de ce produit – les conséquences liées à la nutrition nous impactent d’une manière bien plus directe que les deux précédents aspects.

En effet, bien que l’utilisation de l’huile de palme soit considérée comme saine par certains experts en nutrition, d’autres estiment que sa consommation pourrait être nuisible à notre santé, en raison de la présence d’acides gras saturés, connus pour être plutôt mauvais pour notre santé – puisque causant un risque de problèmes cardiaques – s’ils sont consommés en excès. Pourtant, même si les effets nutritionnels de l’huile de palme restent aujourd’hui controversés, il ne faut pas nier le fait qu’elle est directement utilisée dans des aliments hyper-transformés dont les dégâts sur la santé sont, quant à eux, très bien connus : obésité, diabètes, problèmes cardio-vasculaires… En effet, bien que ce ne soit pas l’huile en elle-même qui soit si mauvaise, elle est néanmoins au cœur d’une industrie agroalimentaire, en partie responsable de nombreux problèmes nutritionnels de nos sociétés.

Existe-t-il des solutions?

Si le boycott des produits contenant de l’huile de palme se développe depuis plusieurs années en Occident, en contestation à ce système portant préjudice à l’environnement et aux sociétés, cette action n’est pourtant pas la réelle solution à ce problème d’envergure. En effet, bien qu’éviter d’acheter ces produits en autres responsables du problème, semble être logique, il n’existe qu’une seule réelle manière de remédier à ce problème :

“Le boycott de l’huile de palme ne protégera ni ne restaurera la forêt tropicale, alors que les entreprises qui entreprennent des actions pour une industrie de l’huile de palme plus durable contribuent à une solution durable et transparente.”

World Wildlife Fund (WWF).

D’après la WWF, le boycott n’est pas la solution. L’huile de palme ayant le plus haut rendement dans le monde, avec la surface d’exploitation la plus petite au monde parmi toutes les huiles végétales, si celle-ci devait être remplacée par une autre – pour un manque de demande de l’Occident – cela nécessiterait largement plus de terre, et ainsi, plus de déforestation. De plus, un tel mouvement à grande échelle pourrait mettre en péril les populations désormais dépendante de cette industrie, comptant tout de même près de 3 millions d’individus aujourd’hui. En réalité, il n’existe qu’une seule véritable solution pour le futur de cette huile si précieuse à tous : construire une nouvelle industrie plus équitable et responsable de l’environnement, avec des entreprises productrices conscientes des enjeux actuels de l’huile de palme.

Sources : ethical.net / blog.wwf.sg