Chine : Que se passe-t-il avec le peuple Ouïghour?

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Les Ouïghours : un peuple opprimé dans le Xinjiang.

Depuis plusieurs années déjà, la région du Xinjiang, à l’Ouest de la Chine, est connue pour abriter un peuple turcophone à majorité musulmane sunnite, un cas unique comparé au reste de la population présente sur le territoire chinois, si bien que Pékin accorde à cette région le nom de territoire semi-indépendant. Cependant, cette indépendance n’en est pas réellement une : ce peuple est aujourd’hui au cœur d’un système d’oppression mis en place par le régime chinois, notamment avec des camps de rééducation, mais plus généralement dans la vie quotidienne des ouïghours, devenue pour certains un enfer digne d’une dystopie orwellienne. Mais alors, quelle est cette réalité dans le Xinjiang et pourquoi Pékin agit de la sorte? Quelle est la réaction de la communauté internationale face à ces exactions?

Les faits

Aujourd’hui, nous savons que la population Ouïghoure du Xinjiang est au cœur d’un système de répression de l’État chinois depuis près d’une dizaine d’années. En effet, cette minorité musulmane de près de 10 millions d’individus subit depuis plusieurs dizaines d’années la domination grandissante de la majorité chinoise des Han, de près d’1,2 milliards d’individus, qui souhaite, comme cela a pu être le cas pour le Tibet, étendre massivement son influence en s’installant dans la région du Xinjiang, le territoire Ouïghour, dans l’Ouest de la Chine. Dès lors, une rivalité entre les ethnies voit progressivement le jour, les uns souhaitant l’indépendance et le contrôle de leur région tandis que les autres souhaitent avoir le pouvoir sur ce territoire.

Ainsi, cette montée nationaliste Ouïghour entraine parallèlement un extrémisme religieux ; certains Ouïghours intègrent les rangs du groupe islamique radical du Turkestan, affilié à Al-Quaïda. Une vague d’attentats dans le Xinjiang, mais aussi dans le reste de la Chine, ont ainsi lieu dans le début des années 2010. À son arrivée au pouvoir en 2013, et surtout lors de sa visite dans le Xinjiang en 2014, le président chinois Xi Jinping entend “régler le problème ouïghour”, après un attentat à la bombe survenu le jour même et faisant 1 mort et 79 blessés dans la ville d’Ürümqi, la capitale de la région. “Il veut faire disparaître toute forme de contestation qui remettrait en question la souveraineté de l’État chinois. Il ne veut plus en entendre parler, il veut l’écraser” – affirme Rémi Castets pour Francetvinfos.

Dès lors, c’est tout un système de répression du peuple Ouïghour qui se met en place. Du contrôle des naissances à l’internement secret d’1 à 2 millions de personnes, selon plusieurs associations, dans des camps de concentration – appelés “camps de rééducation contre la montée du terrorisme” par le régime de Pékin – en passant par l’obligation pour certaines femmes ouïghoures d’épouser un mari han et la reconnaissance faciale et le contrôle d’identité en continu – permettant facilement d’arrêter et d’interner un membre de ce peuple pour n’importe quel comportement déplacé d’après le régime – mis en place depuis 2013, d’après le New York Times ; tout semble ainsi relever d’une des pires dystopies imaginées par George Orwell.

Pourtant, le gouvernement chinois ne semble pas accepter ces faits sous cette angle, mais plutôt comme une répression du terrorisme dans la région, visant à rétablir l’ordre et l’autorité dans le Xinjiang, malgré les différentes preuves à l’appui de nombreux médias, comme la BBC ou le magazine Vice, et de plusieurs associations et ONG telles que Chinese Human Rights Defender. En effet, les nouvelles révélations de la stérilisation de certaines femmes et le contrôle des naissances, visant à réduire la population de ce peuple turcophone, peuvent permettre d’affirmer une chose : cette répression est un génocide à part entière.

Manifestations pro-ouïghours à Bruxelles, en Belgique. / Par Emmanuel Dunand via AFP.

Quelle réaction internationale?

Malgré le caractère génocidaire de cette répression des Ouïghours, la réaction de la communauté internationale, notamment des gouvernements des autres pays du monde, reste plutôt faible, du moins pour améliorer la situation. En effet, bien que partout dans le monde, les médias et la population se mobilisent pour dénoncer cette violente répression ayant lieu dans le Xinjiang. Que ce soit au travers des manifestations, comme à Istanbul, en Turquie, ou en Belgique en 2019, ou bien à travers des enquêtes et reportages menés par certains des plus grands médias de la planète, comme la BBC ou le New York Times du côté anglophone, et Libération du côté francophone, tous dénoncent et urgent les régimes politiques à agir pour changer les choses.

Malgré certaines demandes diplomatiques envoyées à la Chine fin 2019, par 22 membres de l’ONU – incluant les États-Unis et le Royaume-Uni – concernant la préoccupation du traitement du peuple Ouïghour dans le Xinjiang, et demandant que leur détention soit arrêtée, aucune action n’a été prise par la Chine, qui ne cesse de nier cette situation et qui dément toujours tout mauvais traitement à l’encontre de la minorité ouïghoure. Depuis, aucun changement n’a été entrepris, ni par la Chine, ni par les gouvernements européens ; selon Rémi Castets, tout le monde a peur de la Chine, malgré l’intervention de certains hommes politiques, comme l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, qui dénoncent régulièrement, devant les responsables politiques, le silence des puissances du monde ; “Les grands crimes ont besoin d’un grand silence pour se faire”, affirme-t-il.

Sources : nytimes.com / francetvinfo.fr / rtbf.be / bbc.com / ledevoir.com