Comment notre privacité pourrait disparaître avec la reconnaissance faciale

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Quels sont les enjeux de la reconnaissance faciale. / image via pexels.com

Depuis plusieurs années déjà, la reconnaissance faciale se développe massivement dans nos technologies du quotidien, que ce soit pour déverrouiller nos smartphones ou permettre aux forces de l’ordre de reconnaître un criminel via des caméras de surveillance présentes dans les rues, tout semble montrer que celle-ci ne peut être que bénéfique pour notre monde. Pourtant, cette intelligence artificielle pourrait bien prendre une toute autre ampleur d’ici quelques temps, jusqu’à possiblement devenir nocive pour la société elle-même, et la privacité des individus. En effet, si la reconnaissance faciale est aujourd’hui limitée à des actions a priori bénéfiques pour nos communautés, tout pourrait radicalement changer si celle-ci venait à se développer pour tous et partout dans des objectifs allant à l’encontre de la vie privée des individus ; imaginez vous prendre le métro, quand soudainement, un inconnu vous prends discrètement en photo, qu’il enverra sur une application pouvant analyser et retrouver votre visage dans une base de données, et ainsi indiquer vos réseaux sociaux, votre prénom et nom de même que certaines de vos coordonnées, le tout sans votre autorisation. Ce scénario, a priori hypothétique, pourrait ne plus l’être d’ici quelques années. En réalité, cette application a déjà un nom : Clearview AI.

Création et fonctionnement

Fondée par l’australien et l’américain Hoan Ton-That et Richard Schwartz en 2017, Clearview AI est une start-up new-yorkaise qui a pour objectif de fournir des logiciels de reconnaissance faciale, originellement utilisés par des services de police, notamment dans l’État de l’Indiana, afin d’obtenir et tracer plus facilement les profils de criminels sur l’ensemble du territoire. Son fonctionnement est simple, mais extrêmement efficace ; cette technologie utilise les informations publiques d’Internet – notamment des réseaux sociaux comme Instagram, Facebook, Twitter ou encore YouTube et Google – pour créer une base de données comportant des centaines de millions de photos et informations des individus, probablement comme vous et moi.

Clearview prétend vendre l’accès à sa base de données aux organismes judiciaires et aux systèmes policiers, pour une utilisation dans des cas très spécifiques, tels que les abus sexuels sur mineurs, et compte environ 2 400 utilisateurs actifs en Amérique du Nord selon le Wall Street Journal. Toutefois, contrairement aux affirmations de l’entreprise, une violation de données début 2020 a révélé que de nombreuses organisations commerciales figuraient également sur la liste des clients de Clearview.

Bien que Twitter ait envoyé une lettre de cessation et d’abstention et ait demandé la suppression de toutes les données collectées par l’entreprise, de même que YouTube et Facebook en janvier et février 2020, il n’empêche que ce système de reconnaissance faciale, aujourd’hui utilisé par des milliers d’utilisateurs, non plus seulement du système judiciaire mais aussi de sociétés privées et d’individus, soulève déjà de grands enjeux quant à l’avenir de la privacité telle qu’on l’admet de nos jours ; si une application comme Clearview venait à se répandre massivement entre les mains de tous, chaque individu pourrait être retracé facilement jusqu’à Internet, grâce à des millions d’informations collectées par l’application.

Vers une fin de la privacité?

Bien que Clearview affirme aujourd’hui vendre sa technologie avancée à des systèmes de police, notamment celle de l’Indiana, ainsi qu’aux systèmes judiciaires dans le but de tracer plus facilement des criminels grâce à la reconnaissance faciale – de nombreux voleurs, fraudeurs et même pédophiles ont notamment été retrouvés grâce à des photos ou vidéos, parfois de très mauvaise qualité, auparavant inutilisables par les systèmes « classiques » de reconnaissance faciale – tout semble pourtant montrer que l’entreprise délivre aussi ses services à des centaines d’entreprises privées, comme Walmart, Bank of America et la NBA, de même que certaines universités, ainsi qu’à plusieurs individus eux-mêmes.

Si cela peut sembler abstrait, il faut contextualiser les enjeux de cette intelligence artificielle par un exemple concret ; avec cette technologie, un riche milliardaire a pu obtenir l’identité d’un homme qui dînait avec sa fille, en prenant tout simplement cet individu en photo et en utilisant le système de Clearview. Si cela peut sembler anodin, en réalité, cela pourrait arriver dans n’importe quel autre contexte pour n’importez qui, vous y compris ; avec le déploiement d’un tel système, que vous soyez dans les transports, dans la rue ou dans n’importe quel lieu public, n’importe quel individu pourrait vous prendre discrètement en photo et obtenir instantanément votre identité, ainsi que vos réseaux et indirectement, toutes vos informations présentes sur internet. Si cela n’est pour l’instant pas d’actualité, il faut pourtant car si une telle technologie devient la norme, cela soulèvera d’énormes enjeux concernant la société entière, et pouvant mener à une certaine fin de notre privacité.

Sources : nytimes.com / buzzfeednews.com