Comment les réseaux se battent pour votre attention

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Le modèle des réseaux : garder votre attention le plus longtemps possible. / image par @cottonbro

Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat, tous ont un point en commun : leur modèle économique. En effet, si ces réseaux ont une particularité partagée par tous, c’est bien celle de savoir nous tenir des heures entières sur leur plateforme. Mais alors, comment et pourquoi ont-ils pensé et adopté ce mode de fonctionnement? Si la raison est avant tout économique, le “comment” s’explique quant à lui par le fonctionnement même du cerveau humain, étant constamment à la recherche de valorisation sociale, et très sensible aux distractions et au renouveau constant de notre société actuelle. Si les réseaux peuvent aujourd’hui apporter énormément de simplicité à notre monde, il n’empêche que ceux-ci ont également un impact négatif sur notre société et nous-même, en tant qu’individus.

 

Un modèle calqué sur l'homme lui-même

Pour comprendre comment le modèle des réseaux est basé sur le fonctionnement même du cerveau, il faut déjà comprendre comment celui-ci est parvenu à ce qu’il est aujourd’hui. En effet, notre cerveau a principalement évolué il y a plusieurs dizaines de millions d’années, à l’époque du paléolithique, alors que les communautés sociales du genre Homo n’étaient encore que des chasseurs-cueilleurs vivant en petits groupes restreints, avec des distractions et stimuli environnants très limités : le craquements des branches en forêt, le bruit des animaux et les autres humains du groupe avec qui échanger. Si le cerveau humain s’est ainsi adapté à l’environnement de cette époque préhistorique, celui-ci n’a pourtant pas évolué dans notre société toujours plus agitée du XXIème siècle : ce que les réseaux ont très bien compris et su utiliser à leur avantage.

En effet, si les seules sources de distractions au paléolithique étaient souvent plus que nécessaires pour la survie de l’espèce, celles-ci n’existent plus réellement dans nos sociétés développées ; vous ne risquerez certainement pas de chasser et traquer attentivement le gibier en groupe et le fait de vous faire subitement attaquer par un ours paraît peu probable, d’autant plus dans nos grandes villes mondialisées. Ainsi, cet aspect naturel de l’homme, n’ayant pas évolué depuis des millions d’années, peut s’avérer être dangereux au XXIème siècle, surtout lorsque l’on plonge notre cerveau dans notre monde rempli de toujours plus de notifications intempestives, de super-stimulus – à savoir des stimulus entrainant une réaction exagérée des organismes – et d’un renouveau constant, apporté notamment par les réseaux sociaux. Autrement dit, ces plateformes sont aujourd’hui pensées et créées pour répondre à un instinct naturel de l’homme, datant de la préhistoire.

Le problème avec ces distractions

Bien que les réseaux et Internet aient énormément d’avantages, comme le fait d’être à la portée de n’importe quelle personne, de n’importe où dans le monde, via une communication quasi-instantanée, ou que l’on puisse en quelques clics avoir accès à l’entièreté du savoir de l’humanité, il ne faut tout de même pas négliger le fait que plonger son cerveau dans ces environnements de super-stimulus et de distractions parasites à un coût, que ce soit à l’échelle de notre société, ou de l’individu lui-même.

À l’échelle de la société, c’est tout une façon de repenser comment nous percevons le monde. Si tant de personnes ont désormais du mal à lire un livre ou un film de plusieurs heures sans toucher à son téléphone, cela est en partie dû à l’évolution de notre société, comportant toujours plus de distractions et d’informations parasites. Aujourd’hui, les gratifications instantanées et le renouveau constant sont de plus en plus privilégiés, notamment par le biais des réseaux sociaux et de leur démocratisation à grande échelle.

Individuellement, ces distractions ont un coût énorme sur la santé et votre façon de voir le monde. Que ce soit une perte cognitive, une moins bonne concentration et productivité, la diminution de nos perceptions ou bien une mémoire en déclin, tous ces super-stimuli peuvent nous pousser à perdre une partie de nous-même lorsqu’ils sont trop nombreux, jusqu’à parfois ne plus reconnaitre les distractions importantes de la vie. Heureusement, rien n’est encore perdu, et la solution à ces problèmes est en réalité à la portée de tous. S’imposer une hygiène numérique quant à ces réseaux, à travers une possible limitation journalière ainsi que la suppression des notifications parasites, peut déjà apporter une réponse très efficace à ces problèmes, de même que la méditation pleine conscience pour les plus motivés. L’importance est alors de reprendre le contrôle sur son attention, en filtrant ces distractions, souvent parasites, pour pouvoir la redistribuer plus efficacement au cours de notre vie.

Sources : nytimes.com / bbc.com