Effet Placebo : quand votre cerveau est dupé

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Certaines fois, un placebo peut atténuer voire guérir nos maux, même les plus sévères.

Un placebo, du nom latin placebō, signifiant “je plairai” est, d’après l’emploi de la langue française, une préparation dépourvue de tout principe médical actif, utilisée à la place d’un médicament pour son effet psychologique, dit “effet placebo”. Autrement dit, un placebo est un faux médicament qui peut avoir de vrais effets positifs sur votre cerveau et indirectement, sur votre corps, en guérissant en partie ou totalement vos maux. Si ce fait désormais connu de la science peut vous paraître surprenant, tout semble pourtant montrer que l’esprit peut ainsi être dupé, et qu’en réalité, il peut souvent guérir nos maux sans avoir recours à une quelconque médecine. Ainsi, quel processus psychologique se cache derrière cet effet si surprenant, et comment celui-ci nous cache encore aujourd’hui de nombreux mystères?

Comment fonctionne un placebo?

Comme un placebo n’est pas un traitement actif, il ne devrait pas, d’après une certaine logique, avoir des effets significatifs sur la maladie. Pourtant, dans certains cas, cette substance inactive provoque une réaction du corps, qui peut alors atténuer, voire guérir les maux en question, principalement en libérant des molécules dans notre cerveau, comme des hormones ou des neurotransmetteurs. Si cet effet n’est pas entièrement explicable par la science actuellement, il existe tout de même deux principales pistes de recherches expliquant la cause de ce phénomène, notre conditionnement classique et nos attentes.

Le conditionnement classique est la faculté naturelle de l’homme pour associer une chose à une réponse spécifique. Par exemple, si le fait de guérir des maux de tête est associé à une gélule particulière contre la migraine, le cerveau aura tendance à associer cette forme de médicament à une réponse contre la maladie, même si celui-ci est inactif.

Pour leur part, les attentes semblent également jouer un rôle majeur dans ce phénomène. Si vous avez des attentes préalables par rapport à quelque chose, celles-ci peuvent largement influencer votre perception de cette chose. Par conséquent, si vous vous attendez à ce qu’une pilule vous fasse du bien, vous pouvez vous sentir mieux juste après l’avoir prise.

Quelques exemples concrets

Si l’effet placebo est aujourd’hui connu, cela est dû au fait que de nombreuses études ont démontré leurs effets sur des cas concrets. Voici quelques-uns de ces exemples :

Migraine

En effet, les maux de tête provoqués par une migraine peuvent souvent être atténués par un effet placebo, comme le montre d’ailleurs une étude réalisée en 2014. Dans celle-ci, une soixantaine de participants ont été invités à prendre deux traitements différents pour soigner six épisodes de migraines, à savoir un médicament antimigraineux, nommé Maxalt, ou une substance neutre, faisant ainsi office de placebo.

Les médicaments étant aléatoirement étiquetés aux malades, comme étant soit un antimigraineux très puissant, une substance neutre ou bien un placebo, les patients avaient alors certaines attentes par rapport au traitement qui leur été attribué. Les résultats furent surprenants : comme prévu, le Maxalt a apporté plus de soulagement aux patients que le placebo, même lorsque celui-ci était indiqué comme neutre. Cependant, il a été observé que les pilules neutres indiquées comme des médicaments Maxalt soulageaient davantage que les autres traitements neutres, indiqués cette fois-ci comme neutre. Autrement dit, un faux antimigraineux indiqué comme un réel antimigraineux eut des effets stupéfiant sur l’état de cette soixantaine de malades.

Dépression

De même que les maux de tête, les dépressions peuvent souvent être impactées par les effets placebo, comme le montre une autre étude de 2014, semblable à la précédente. Cette fois-ci, une trentaine de participants, souffrant de dépression, ont constitué deux groupes distincts, les deux recevant un même traitement inactif. Si le premier groupe était alors informé du fait que ce soit un traitement neutre, en revanche, il a été dit au deuxième groupe que celui-ci était un anti-dépresseur à action rapide.

Les résultats furent encore une fois stupéfiants, si l’état du premier groupe n’évolua pas, le deuxième groupe montra quant à lui une nette diminution des symptômes de la dépression, alors que celui-ci prenait en réalité un traitement totalement neutre. De plus, la prise du placebo actif a été associée à des scanners TEP qui ont montré une augmentation de l’activité cérébrale dans les zones du cerveau associées à la régulation des émotions et du stress.

De nombreuses zones d'ombres

Bien que l’on connaisse désormais l’existence de cet effet placebo, et qu’il ait été observé dans plusieurs cas concrets, il reste encore aujourd’hui de nombreux aspects que nous ne comprenons pas, et que plusieurs études tentent d’appréhender pour en savoir plus tous les ans sur le sujet. L’un des plus grands enjeux lié à cet effet est qu’il remet en question nos croyances quant au liant entre le corps et l’esprit, du fait qu’avec l’effet placebo, le corps semble parfois pouvoir se guérir de lui-même, sans intervention médicale.

Si nous savons aujourd’hui que l’effet placebo peut conduire à la libération de molécules, comme les neurotransmetteurs et les hormones, par notre cerveau, celles-ci interagissant avec d’autres parties du corps en provoquant des changements plus ou moins importants, nous devons pourtant encore approfondir les détails des spécificités de ces interactions, souvent très complexes.

De plus, l’effet placebo semble avoir un impact significatif mais terriblement inégal. Si certains symptômes, tels que la douleur ou la dépression, peuvent être atténués ou guéris par un placebo, d’autres ne sont tout simplement pas impactés. Ce rapport inégal pousse la communauté à se poser d’autres questions. De plus, ce phénomène n’est pas sans conséquence : il semblerait qu’il y ait parfois des effets néfastes secondaires liés aux effets placebo, on parle alors d’effet nocebo.

Sources : www.futura-sciences.com / healthline.com