Le conflit Arménie-Azerbaïdjan, expliqué.

Partager ce sujet →

Rencontre diplomatique entre les deux pays et la Russie en Janvier 2012. / Image via kremlin.ru

Alors que ces deux pays caucasiens ne s’étaient pas opposés dans un affrontement armé depuis près de 30 ans, le retour de la question de l’indépendance de la région du Haut-Karabakh, en territoire azerbaïdjanais, a mis un terme à ce cessez-le-feu, entrainant une escalade des tensions dans la région depuis quelques jours. Mais alors, quelles sont les causes de ces rivalités extrêmes entre les deux pays, comment celles-ci impactent toute cette région du monde et quel pourrait être le futur envisageable?

Un lourd passé historique

Si les tensions actuelles sont aujourd’hui si violentes, cela s’explique en grande partie par l’histoire de la région. En effet, L’Arménie et l’Azerbaïdjan sont tout deux des pays du Caucase, situés à la frontière entre l’Europe et l’Asie. Bien que leur création officielle remonte à la fin de la Première Guerre Mondiale, en 1918, ceux-ci ont rapidement été intégrés à l’URSS sous Joseph Staline, dès les années 20. L’Union Soviétique décida alors d’attribuer la région montagneuse du Haut-Karabakh (en anglais Nagorno-Karabakh) à l’Azerbaïdjan, sans prendre en considération le fait que plus de 90% de ses 150 000 habitants se déclarent comme arméniens. Cette décision a ainsi enclavé cette région, à majorité arménienne et chrétienne, dans un territoire azerbaïdjanais et musulman.

De part de ce choix territorial controversé, la question de la gouvernance de cette zone provoqua une escalade des tensions de plus en plus grande à partir de 1988, alors que les derniers jours de l’URSS étaient proches. Cette montée de haine entre les deux pays résulta en une guerre en 1991, ainsi que de nombreuses violences entre les deux populations. De nombreux pogroms – soit des soulèvements contre un peuple – sont commis, à la fois contre les arméniens en Azerbaïdjan et contre les azerbaïdjanais en Arménie, résultant en un massacre de plus de 30000 personnes dans les deux pays. Lorsque les combats prennent fin en 1994, l’Arménie force les troupes azerbaïdjanaises à quitter le Haut-Karabakh et s’empare, en plus de cette région, d’environ 20 % du territoire environnant.

Le cessez-le-feu négocié en 1994 par la Russie est resté en place depuis lors, mais les deux pays ont toujours considéré le Haut-Karabakh comme un territoire qui mérite d’être conquis. Malgré cet accord, l’Azerbaïdjan a engagé une offensive contre ce territoire et l’Arménie le 27 septembre dernier, entrainant une nouvelle escalade des tensions et une forte interrogation quant à la possible intervention directe de la puissance qu’est la Turquie, ce qui pourrait entraîner des enjeux géopolitiques bien plus importants.

Carte du conflit Arménie-Azerbaïdjan. / TheCuriosity

Une ampleur internationale

Si l’on pourrait d’abord croire, à tort, que le problème géographique et politique se limite à ces deux nations, celle-ci concerne en réalité toute la région du Caucase, la Turquie, la Russie, ainsi que l’Iran et Israël, et pourrait prendre une ampleur bien plus grande par la suite.

Les États-Unis, la France et la Russie, coprésidant le groupe de Minsk, chargé de trouver une solution au problème, essayent de calmer les tensions et prônent la diplomatie pour trouver une solution. Le président russe Vladimir Poutine a notamment demandé à ce que les combats, qu’il qualifie de “tragédie”, s‘arrêtent.

“Nous sommes très inquiets”, a-t-il déclaré dans une interview télévisée. “Nous espérons que ce conflit prendra fin dans un avenir très proche.”

De son côté, la Turquie, dirigée par son actuel président Recep Tayyip Erdoğan, semble avoir des intérêts dans ce conflit. En effet, celle-ci supporte et apporte un soutien militaire à L’Azerbaïdjan. Cette aide est faite via l’équipement, tel que des drones militaires, envoyés dans le but de frapper le Haut-Karabakh. Cependant, les observateurs des droits de l’homme et d’autres gouvernements – dont la France – affirment que la Turquie envoie délibérément des combattants étrangers, notamment des mercenaires syriens, dans le conflit au nom de l’Azerbaïdjan. Les experts affirment que cette intervention pouvait être prédéterminée, étant donné que la Turquie est, depuis le génocide arménien de 1915 à 1916, ennemie de l’Arménie et soutient ouvertement son homologue azerbaïdjanais dans ce conflit. Récemment, Israël a également vendu des armes à l’Azerbaïdjan.

Quant à elle, l’Iran a récemment averti de l’éventualité d’une guerre régionale si la stabilité entre les deux pays n’était pas rétablie. “Nous devons être attentifs à ce que la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne devienne pas une guerre régionale”, a déclaré son président président Hassan Rouhani. “La paix est la base de notre travail et nous espérons rétablir la stabilité dans la région de manière pacifique”, a-t-il ajouté.

De part cette intervention de nombreux pays et des enjeux encourus très importants, le futur de cette région du monde reste à ce jour incertain.

Quel futur?

En raison de la complexité de cet affrontement, l’avenir du conflit quant à l’appartenance du Haut-Karabakh reste à ce jour incertain. Pourtant, trois scénarios semblent se profiler. Malheureusement, le plus inquiétant est à ce jour le plus envisageable.

Une diplomatie

Ce scénario, le moins probable de tous, voudrait que les tensions se calment par la négociation et la parole plutôt que la guerre. On pourrait alors penser que ce serait de la Russie qui engagerait pleinement cette démarche, comme elle l’a déjà fait auparavant.

Pourtant, les experts sembleraient s’accorder sur le fait que la Russie n’est pas aussi investie qu’elle l’était dans la réduction des tensions. Cela est dû en partie au fait que l’attention de Moscou est aujourd’hui tournée vers d’autres pays, à savoir la Syrie, l’Ukraine et la Libye, et aussi au fait que le Kremlin n’a pas anticipé l’actuelle escalade des tensions.

Une intervention turque

Ce second scénario, modérément probable, serait que la Russie pousse l’Arménie à faire marche arrière tandis que la Turquie convainc l’Azerbaïdjan de faire de même. Cela suivrait surtout la trajectoire des conflits du passé, qui se sont terminées par un cessez-le-feu. Cela ne résoudrait pas tous les problèmes dans la région, mais cela mettrait un terme à l’effusion de sang pour le moment – en apportant une aide aux nombreux civils en danger.

C’est probablement le résultat que la Turquie souhaite le plus. Si Ankara, la capitale turque, s’avère être un intervenant pour un nouveau cessez-le-feu, elle aura alors montré sa place d’acteur majeur dans le Caucase, qui doit être consulté chaque fois que les problèmes du Haut-Karabakh apparaissent. Une telle évolution impacterait le statut prééminent de la Russie en tant que courtier en puissance dans la région, ce qui se traduirait par une victoire pour Erdoğan.

La peur d'une guerre plus lourde

Malheureusement, ce déroulement est le plus probable, et voudrait que les deux camps continuent de s’affronter, dans un combat qui s’intensifie.

l’Arménie ou l’Azerbaïdjan se battraient alors jusqu’à ce que les forces ennemies soient décimées, au point qu’elles doivent se replier et se regrouper. L’objectif de l’Arménie serait alors de défendre l’actuelle occupation du Haut-Karabakh, tandis que l’objectif de l’Azerbaïdjan serait de reprendre par la force des zones de cette région et du territoire voisin sous contrôle arménien.

Une telle approche du conflit pourrait inciter la Turquie et la Russie à intervenir militairement en soutenant respectivement l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Cette hypothèse est dangereuse, car cela signifierait que la Turquie, membre de l’OTAN allié aux Etats-Unis, soit en combat direct contre la Russie, entraînant possiblement d’autres alliés dans le combat. Au minimum, de telles décisions amplifieraient encore plus les combats pendant des mois, voir des années – un résultat que peu de gens souhaitent réellement.

Pourtant, le risque que cela se produise est la raison pour laquelle ce conflit est si intense et pourquoi les experts espèrent qu’il sera finalement résolu une fois pour toutes, de préférence par la diplomatie. Dans le cas contraire, une guerre de plus en plus intense s’abattrait sur la région.

Sources : reuters.com / bbc.com / vox.com