L’ampleur du mouvement #BlackLivesMatter

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Une manifestation du mouvement Black Lives Matter, à New York.

Depuis près d’une semaine, des protestations de plus en plus violentes ont commencé à voir le jour partout aux États-Unis, après la publication d’une vidéo montrant un homme noir, George Floyd, en train de se faire arrêter par plusieurs policiers à Minneapolis le 25 mai, alors qu’un policier blanc ait continué à s’agenouiller sur son cou même après avoir plaidé qu’il ne pouvait pas respirer. Cet officier, Derek Chauvin, a été accusé de meurtre au troisième degré et comparaîtra au tribunal la semaine prochaine. Trois autres officiers de police ont été licenciés. Alors, pourquoi cet acte, a priori isolé, entraine actuellement les États-Unis dans le chaos ? Quels sont les faits qui ont engendré ces protestations sociales ?

Pourquoi ?

Si la vidéo de la mort de M. Floyd pourrait paraître à un cas isolé de violences policières, celle-ci s’inscrit pourtant dans un contexte plus large d’inégalités sociales entre les blancs et les noirs aux États-Unis, qui frappent le pays depuis sa création.

En effet, le racisme systémique américain commence avec les différents codes de l’esclavage – c’est-à-dire des lois d’États ou fédérales qui codifient, en droit, la pratique inhumaine de l’esclavage mobilier. Bien que ces lois aient heureusement été abolies depuis, des lois similaires aux codes des esclaves ont continué à opprimer les Noirs après cette époque. C’est notamment le cas lors de la ségrégation raciale, divisant les ethnicités aux États-Unis – entre autres les personnes blanches et noires – en deux groupes distincts ne jouissant pas des mêmes privilèges. Ce système inégalitaire a tout de même perduré de 1875 à 1965, soit il y a seulement 55 ans.

Un homme noir contraint de boire avec un robinet destiné aux personnes "de couleur", Oklahoma City, Oklahoma, 1939.

Pendant cette période, particulièrement pendant la Grande Migration, de nombreuses familles noires ont fui le Sud du pays, plus adepte de ces nouvelles lois, des codes noirs les ont suivis à Los Angeles, Chicago, New York et ailleurs. Les Noirs américains – qui étaient des réfugiés nationaux fuyant le terrorisme financé par l’État – auraient apporté la criminalité, le chômage, le vagabondage et la drogue. Les services de police de toute l’Amérique ont réagi en multipliant les codes noirs et en surveillant de manière agressive les communautés noires.

Depuis, bien que la ségrégation ait été abolie, les États-Unis ont tout de même conservé certaines inégalités résultantes de cette période, qui expliquent en partie les mouvements sociaux se produisant actuellement.

Les faits

De nos jours, il existe encore certaines inégalités entre les ethnicités aux États-Unis, de même que les abus de pouvoir de la part des autorités policières. D’après plusieurs statistiques et études menées par le FBI et le bureau de recensement des États-Unis (voir graphiques ci-dessous), les personnes noires aux États-Unis seraient proportionnellement plus vulnérables à des tirs de police mortels, comparé aux autres ethnicités.

Pourcentage de tirs de police mortels par rapport au pourcentage de la population (par ethnicité)

Source : bbc.com

De même, bien que, d’après une étude menée au niveau national, la consommation de drogue soit relativement égale pour les blancs et les noirs, les personnes de couleur ont tendance à être plus arrêtées que les autres, comme le montre notamment le graphique ci-dessous :

Arrestations pour abus de drogue (par ethnicité)

Source : bbc.com

De plus, la population carcérale américaine serait en proportion pour 100 000 personnes, bien qu’il y ait aujourd’hui plus de personnes blanches dans les prisons américaines, constituées de 5 fois plus de personnes noires que de personnes blanches.

Population carcérale pour 100 000 personnes (par ethnicité)

Source : bbc.com

Ainsi, ces inégalités sociales entre ethnicités aux États-Unis sont aujourd’hui à l’origine du mouvement BlackLivesMatter, dénonçant alors ces injustices du système policier et judiciaire américain. Pourtant, l’escalade des tensions qui se produit actuellement pourrait entrainer le chaos total dans le pays en prenant des tournures désastreuses. Comment les États-Unis vont-ils alors gérer la crise actuelle et construire, par la suite, leur futur après ces gigantesques protestations sociales?

Sources : bbc.com / harvard.edu /  lemonde.fr