Blackrock, ou le monstre caché de la finance

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Siège de BlackRock à Manhattan, New York.

Hormis si vous travaillez à Wall Street en tant que trader, rares sont les chances que vous ayez déjà entendu parlé de ce qu’est BlackRock. Pourtant, cette première firme financière multinationale mondiale pèse aujourd’hui plus de 7 000 milliards de dollars américains d’actifs, soit deux fois le PIB de la France. Mais qui est alors ce plus gros investisseur financier de la planète? Comment agit-il? Et pourquoi son pouvoir sur l’économie, la politique et l’environnement est aujourd’hui remis en question?

Qui est Blackrock?

À l’origine créé par 8 associés, dont l’actuel PDG Laurence dit “Larry” Fink, en 1988 sous le nom de The Blackstone Group, BlackRock s’est par la suite développé jusqu’à devenir aujourd’hui le premier gestionnaire d’actifs mondial, au service d’un grand nombre des plus grandes entreprises, fonds de pension, fondations et institutions publiques du monde, ainsi que de millions de personnes de tous horizons. En moins de 30 ans, cette société financière installée à New York a débuté de rien pour devenir le gestionnaire d’argent des individus le plus important et le plus fidélisé du monde.

Quel est son fonctionnement?

Si la clé de cette actuelle position de BlackRock dans la sphère économique mondiale était auparavant en majorité due à ses analystes scrutant l’actualité politique et financière mondiale, ce n’est plus réellement le cas. En effet, la multinationale a enclenché un outil révolutionnaire, nommé “Aladdin”, inspiré du conte oriental. Cependant, si le Aladdin de la fiction possède des richesses infinies grâce à sa lampe, son homologue américain (Asset, Liability, Debt and Derivative Investment Network) brasse tout de même près de 15 000 milliards de dollars d’actifs. La recette? L’intelligence artificielle.

En effet, la plateforme numérique de BlackRock gère des masses de données considérables, des grands discours politiques au plus petit changement dans le monde économique est cherché, analysé et assimilé pour en tirer les meilleurs avantages d’investissement possibles. La machine apprend d’elle-même et ainsi, s’améliore constamment, à la manière d’un enfant découvrant le monde.

Ses critiques

Bien évidemment, une entreprise de telle envergure ne peut pas échapper aux critiques. Premièrement, sa puissance et son monopole financier sont très souvent remis en cause. Dans un épisode de l’émission de la CNBC, l’investisseur militant Carl Icahn s’est attaqué au marché de la dette à haut rendement et à la liquidité, affirmant que BlackRock crée une “situation extrêmement dangereuse” en encourageant l’émission de dette.

“Ils vendent des liquidités. Il n’y a pas de liquidité. C’est ce qui va faire exploser tout ça”, “Je ne blâme pas Larry personnellement. Je blâme BlackRock.”

Carl Icahn.

Avec une telle somme de dollars d’actifs, il est également inévitable que cette société influe sur les décisions politiques de certains pays. En France, BlackRock est soupçonné d’avoir eu un étroit lien avec la réforme des retraites, lançant alors une polémique autour de ça, résultant en de nombreux mouvements anti-américanistes (voir vidéo ci-dessous) lors des manifestations déjà en cours fin 2019.

Un autre aspect critiqué du géant BlackRock porte sur le lien qu’il semble entretenir avec l’écologie. La société s’affiche comme un contributeur majeur du développement durable en mentionnant notamment sur leur site : “placer le développement durable au centre de notre façon d’investir”. Pourtant, dans les faits, celle-ci contribue largement au réchauffement climatique à l’échelle de la planète ; en détenant notamment – fin 2018 – la première place en matière de possessions d’actions et d’obligations dans la production d’énergie à base du charbon, avec une valeur s’élevant à près d’11 milliards de dollars US, dans 56 promoteurs de centrales à charbon. De même, BlackRock est toujours aujourd’hui l’un des plus gros investisseurs dans les grandes compagnies pétrolières de la planète. La situation de BlackRock par rapport à l’écologie va-t-elle alors changer dans le futur?

Sources : investigate-europe.eu / companieshistory.com / urgewald.org / lemonde.fr