Pourquoi n’y a t-il pas de gratte-ciels en Europe?

Partager ce sujet →

Pourquoi l'Europe est l'un des rares continents où les grandes villes n'ont pas de gratte-ciels? / Photo via pexels.com

New York, Shanghai, Chicago, Singapour… Ces villes sont aujourd’hui de réels cœurs économiques à l’échelle de la planète et ont toutes un point en commun: une skyline entièrement composée de grattes-ciels de plusieurs centaines de mètres. Pourtant, bien qu’elle possède également de nombreuses villes densément peuplées ayant un rôle majeur dans l’économie mondiale, l’Europe ne construit pas autant de grattes-ciels.

Début des grattes-ciels

L’histoire de cet aspect remonte à la fin du 19e siècle, alors que les premiers grattes-ciels voient le jour aux États-Unis dans la ville de Chicago, puis par la suite à New York, les villes européennes sont elles, déjà uniformément établies et comptent de nombreux bâtiments historiques.

De plus, avec l’émergence de l’Amérique, devenant plus puissante et plus influente sur le plan international, une rivalité entre l’Ancien et le Nouveau Continent apparaît rapidement. Les américains commencent à considérer la société européenne comme dépassée tandis que les européens pensent que les villes américaines cassent les traditions et le mode de vie à “l’européenne”. Les deux parties du monde s’orientent alors vers deux différentes manières de concevoir leurs villes.

L’Amérique souhaite alors devenir un nouveau modèle de société pour cette nouvelle époque alors que l’Europe favorise davantage la conservation de son patrimoine architectural.

Home Insurance Building, considéré comme le premier gratte-ciel du monde et construit en 1885, à Chicago.

Fin de la 2nde Guerre Mondiale

Si la conservation du patrimoine explique en effet le choix de l’Europe quant aux débuts des grattes-ciels, celui-ci n’explique pourtant pas pourquoi le continent n’est pas revenu sur cette décision.

En effet, suite aux destructions des villes en Europe de l’Ouest causées par la Seconde Guerre Mondiale, de nombreuses personnes pensaient que la reconstruction allait se traduire par la modernisation des métropoles, notamment par la création de grattes-ciels similaires à ceux déjà présents en Amérique du Nord.

Cependant, la faible demande de loyer dû à une population européenne plus réduite à cette période n’entraina pas ces constructions ; de même qu’un certain sentiment de devoir reconstruire ce qui avait été détruit pris le dessus.

Mais cela est différent en Europe de l’Est, alors que la Guerre Froide s’installe progressivement, le continent voit ses premiers gratte-ciels s’installer dans l’URSS, qui cherche à cette époque à affirmer sa puissance et son influence. L’état soviétique relogera par ailleurs la plupart des populations dans des bâtiments répétitifs d’une hauteur moyenne.

Bruxelisation

Dans les années 1960, la capitale belge ne connaît pas de réelles restrictions concernant l’uniformisation de l’architecture de la ville. De ce fait, de nombreux bâtiments n’ayant pas d’objectif esthétique et peu de rapport avec le patrimoine historique de la ville voient progressivement le jour. La destruction du patrimoine historique de Bruxelles est alors critiquée et de nombreux architectes et personnalités publiques font pression pour ajouter de nouvelles réglementations de construction et emploient désormais le terme de “bruxelisation” pour définir ce phénomène. L’exemple de Bruxelles provoque alors une certaine antipathie générale pour les bâtiments modernes, ainsi qu’une peur de détruire le patrimoine en Europe ; les habitants trouvent que ceux-ci sont fades, voir “sans âmes”.

Exemple de bruxelisation, lesoir.be

XXIe Siècle

Dès les années 2000, et notamment avec le phénomène de la mondialisation, les villes comme Paris, Londres, Moscou, Istanbul ou Francfort ont vu de nombreux grattes-ciels se construire, puisque la demande d’espaces commerciaux a fortement augmenté.

Cependant, ces villes ont, pour la plupart, construit des centres financiers en périphérie des centres historiques, pour se développer économiquement tout en préservant leur histoire. C’est notamment le cas pour Paris, avec le quartier d’affaire de La Défense, à l’Ouest de la ville.

Parallèlement, les plus petites villes européennes, connaissent une croissance économique moins forte et s’orientent davantage sur des aménagements en faveur de l’environnement ou de la qualité de vie de leurs habitants ; particulièrement en Scandinavie ou en Europe Centrale ; qui possèdent, d’après de nombreuses recherches, telles que celle de Knight Frank Research, des villes dont les taux de bien-être atteignent les plus hauts de la planète.

Le futur de l'Europe

Malgré ces décisions que l’Europe semble avant tout prendre pour protéger son histoire, la situation actuelle ne risque pourtant de ne pas durer. En effet, la course effrénée au progrès et à la croissance économique pousse désormais notre continent à construire davantage pour garder sa place aux cotés de la Chine et des États-Unis.

De plus, si on compte actuellement 55% de la population mondiale vivant en ville, ce chiffre va très certainement atteindre les 70% d’ici 2050, sans parler des centaines de millions de réfugiés climatiques qui quitteront leurs terres natales devenues inhabitables, en raison des changements climatique, pour se diriger vers des terres plus prometteuses, dont très certainement l’Europe ; notre continent sera de ce fait contraint de changer, que ce soit dans un futur plus ou moins proche.

Sources : theb1m.com / sciencedirect.com / knightfrank.com / visualcapitalist.com